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 Nosocomephobia [Clos]

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Aleksis Cole
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MessageSujet: Nosocomephobia [Clos]   Dim 3 Mai - 18:10

Cela faisait quatre jours, six heures, trente-sept minutes et cinquante-sept secondes. J’avais perdu connaissance durant près de huit heures. Ils ont attendu le dernier moment avant de me sortir. Ma gorge me faisait encore souffrir une journée plus tard. Si le Doc l’avait voulu, il aurait pu en finir pour de bon avec moi. J’avais reçu ma dose quotidienne d’insuline juste avant d’être enfermé, mais les évènements ont fait que j’en avais encore plus besoin.

Je ne voulais plus y retourner. Ce milieu clos m’étouffait. J’aurais défoncé les murs isolants si j’en avais eu la force. Les deux repas par jours n’étaient pas suffisants. J’imaginais être dans un camp de prisonniers. Ceux qui étaient exilé dans mon pays pour avoir volé une simple miche de pain. Je commençais à m’haïr. J’aurais pu être n’importe où à ce moment-là. Faire des études supérieures comme l’espérait père. Avoir une petite amie que mère détesterait. Regarder longuement le miroitement de l’Océan. Mais non. J’étais ici.

J’aimais me retrouver à l’infirmerie. C’était un milieu apaisant. Le bruit du cardiographe avec quelque chose qui me réconfortait. Attendre le bruit de mon cœur me prouvait que je n’étais pas mort. De plus je savais que le Doc répugnait à venir ici. Selon moi, c’est parce qu’il y avait trop de microbes. Je l’imaginais se frotter les mains durant plus de cinq minutes pour être sûr qu’elles soient bien propres. Un léger sourire effleura mes lèvres. En pensant au Doc, je pensais à ce que je lui avais dérobé. Il se retrouvait dans mon soulier.

Le médecin, avant de partir, m’avait donné un somnifère avant de partir. C’était la même chose. Pour me permettre d’avoir un moment de repos, il m’en donnait un. Je ne le prenais jamais. Je ne faisais confiance à aucun de médicament ici. Sauf l’insuline. Moins je prenais de petites pilules, mieux je me portais. Je fermais seulement les yeux et j’écoutais.

À un moment je cru être devenu fou. Le médecin venait d’interdire l’accès à quelqu’un. Ce quelqu’un avait une voix familière et très désagréable. Trois différents pas se dirigeaient vers le fond de l’infirmerie. Les rideaux autours de mon lit s’ouvrirent alors. Je fermai plus fort les paupières. Je ne voulais pas le voir. Il ne fallait pas que ça soi lui. Il ne pouvait pas me laisser tranquille alors que j’étais calme dans mon lit.
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Dr. Clarence Millet
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MessageSujet: Re: Nosocomephobia [Clos]   Dim 3 Mai - 21:48

« Non, tout va bien, elle est avec moi. »
« Mais monsieur... »
« Écoutez... »
« Noah monsieur. »
« Donc, Noah, vous me serez bien aise de nous laisser passer : je suis le médecin de monsieur Cole et je considère que la présence de madame est tout à fait justifié et non dangereuse! »

Le gentil médecin s’écarta à contrecœur pour laisser entrer les deux intrus. Ceux-ci se dirigèrent vers le seul lit occupé de la salle. Noah les suivit, inquiet pour son patient. Il devrait plutôt s’inquiéter de son poste, qui aura trouvé un nouveau travailleur demain : on ne contredit pas son supérieur direct. Surtout s’il s’agit de Clarence Millet.

Le chevelure obscure du psychiatre ne se retourna même pas pour demander, poliment mais glacialement, au médecin israélite de quitter la salle. Il s’exécuta, soudain nerveux et plus ou moins conscient de sa situation précaire.

« Occupons-nous maintenant de notre grand malade... »

Clarence laissa l’intruse seule en compagnie d’Aleksis et se dirigea vers la pharmacie. Il appuya sa paume contre un lecteur digitale et entra dans la réserve de médicaments. Des milliers de petites fioles s’enlignaient sur des étagères. Sa main habile saisit un flacon. Naja naja. Il revint sur ses pas, attrapa une seringue au passage et franchit à nouveau la barrière de sécurité numérique. Il transféra le contenu liquide de l’ampoule dans la seringue. Revenu auprès du duo qu’il avait précédemment abandonné, il injecta la substance dans le soluté de Cole.

« Votre fils est très chanceux que nous soyons arrivés à temps. Il a fait une crise de diabète, cela aurait pu être très dangereux pour sa vie. »

Une tête grisonnante hocha docilement la tête.

Le goutte à goutte perforant le bras d’Aleksis ne prenait pas deux secondes à agir. Un poison facio-paralysant. Une merveille pour couper la parole à un spectateur importun. Il allait garder le contrôle de ses yeux. Il pourrait ainsi voir sa mère, fraîchement importée d’Australie, se faire raconter n’importe quoi par Clarence, sans pouvoir protester le moins du monde.

*Alors Aleksis, heureux maintenant?*


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Aleksis Cole
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MessageSujet: Re: Nosocomephobia [Clos]   Dim 3 Mai - 23:07

Quand la deuxième personne fut partie, j’entrouvris mes yeux. Mon cœur s’arrêta de battre un instant. Il n’avait pas pu faire ça. Le cardiogramme commença à émettre des sons de plus en plus vite. Je refermai les paupières le plus fort possible. Je devais faire un cauchemar. En fin de compte, j’avais avalé le somnifère.

Je sentis une main passer dans ma chevelure. Je me tournai ma tête pour ne pas la regarder dans les yeux. Je sentais son souffle chaud dans mon coup. Elle était si proche et en même temps si loin. Je ne pouvais croire qu’elle était venue juste pour moi. Son esprit était encore en Australie. Elle devait savoir que je la détestais depuis si longtemps. Elle me murmurait des mots dans l’oreille comme si cela pouvait changer quelque chose.

Au mon pauvre petit… Qu’ai-je fais… C’était pour ton bien… Pardonnes moi… Je crois avoir fait le meilleur choix pour toi… Il faut me croire… Je pense à toi chaque jour… Crois-moi…

Croire, mère?

Je ne la croyais pas le moins du monde. Je lui fis face pour qu’elle sache que ses mots ne servaient plus à rien. Comment croire qu’elle est faite tout ce chemin juste pour voir le fils qui avait mis la honte sur toute la famille. Croire cette femme qui me considérait comme un étranger. Durant près de dix-huit ans, elle a cru que j’étais une malédiction l’ayant frappée. Comme pouvais-je la croire.

Non, je ne peux plus croire. Ici, on ne croit plus; on espère.

Elle recula de deux ou trois pas. Mère avait de nouveau ce regard. Le regard qui m’avait suivi durant toute mon enfance. Hautain, mais attristé et las à la fois. Elle me fit penser au Doc. Les deux me prenaient pour un reste de la société. Le mal incarné. Le Doc et mère se ressemblaient tellement. À son retour, je pus les comparer un moment. Lorsqu’il parla je n’en revenais pas. J’aurais été chanceux si j’étais mort oui.

La chance n’est pas pour tout le monde Doc.

Lorsqu’il s’approcha, mon rythme cardiaque augmenta à nouveau. Cette fois c’était clair. Je voyais le liquide de la seringue se transférer dans le goute à goute. Dès que je sentis la substance dans mon bras je ne ressentis plus rien dans mon visage. Ma bouche ne voulait plus bouger. J’étais figé. Je fixai le Doc avant qu’il ne se retourne. Je mis toute la haine accumulée depuis six jours dans ce regard. Je voulais qu’il sache que je ne resterais pas là sans réagir.

J’émis un son quelconque avec ma gorge. Je ne pouvais parler ni me défendre. Je devais faire des efforts colossal pour comprendre la scène qui se jouait devant moi.
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Dr. Clarence Millet
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MessageSujet: Re: Nosocomephobia [Clos]   Jeu 7 Mai - 17:28

Un.
Deux.
Trois.
...

Les yeux de Clarence quittèrent la grande horloge du regard pour se poser sur Aleksis. Parfait. Il ne bougeait plus. Ne parlait plus, surtout. Un son s’étrangla dans sa gorge, sorte de gargouillis écœurant tout droit sortit d’un égout mal bouché... Les lèvres pincés, fier de son coup, le docteur pivota sur ses talons vers la veuve Cole.

*Écoute bien mon grand... Il n’y a pas de muscles responsables de l’ouïe, alors ouvre grandes tes oreilles... Écoute ce que je vais raconter à ta mère...*

Paddy Cole, autrefois Paddy Bellamy, 54 années bien sonnantes, originaire d’Australie, avait vécu là-bas toute sa vie, sauf peut-être deux ou trois voyages qu’elle avait fait plus jeune, pour essayer de sortir d’une intense dépression post-partum qui avait dégénérée en dépression généralisée. Un cas intéressant s’il n’avait pas été aussi commun. Elle le payait grassement pour maltraiter soigner Aleksis, le psychiatre n’avait rien contre elle. Il la méprisait secrètement, bien sur, comme la plupart des gens qu’il côtoyait.

« Si je vous ai fait venir ici, madame Cole...
- Appeler moi Paddy. »

Clarence glissa les yeux sur Aleksis, savourant cette petite phrase avec délice. Contrefaisant avec facilité un air désolé, il baissa les yeux vers le sol, détaillant au passage chaque centimètre carré de la mère du diabètique.

« Je ne vous ai pas tout dit, Paddy...
- Vous m’inquiétez docteur! »

Il hocha la tête, abusant de ses effets théâtraux avec soin. Comment le malade du lit d’à côté réagissait-il à voir sa mère et son docteur attitré échangé de douces paroles à peine voilées au dessus de lui? S’il existât femme qui résiste à Clarence, Paddy Cole ne l’était pas. Des années de privations, selon Clarence, la rendant dérisoirement facile à séduire. Il lui prit la main...

« C’est Aleksis...
- Quoi? Qu’est-ce qu’il a!
- Je suis désolé... On a essayé tous les traitements traditionnels... Sans résultats. Je ne comprend pas ce qu’il ce passe, Aleksis ne semble réceptif à aucune méthode.
- C’est fini alors? Il est condamné? »

À ce moment, le psychiatre ne put se retenir de regarder le principal intéressé. Pour sa mère, il semblait le couver d’un regard paternel et protecteur, mais, en vérité, ses prunelles brillaient d’une joie sadique.

« Non, peut-être pas. Voyez-vous, il existe des méthodes thérapeutiques émergentes dans le domaine. Seulement...
- Oui?
- Je ne peux les appliquer de mon propre gré. J’ai besoin de votre consentement...
- Vous l’avez!
- Écrit. »

La conversation se poursuivie, Clarence jetant de temps à autres un petit regard au goutte à goutte d’Aleksis. Les modalités du contrat...

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MessageSujet: Re: Nosocomephobia [Clos]   Jeu 7 Mai - 21:49

Chaque parole était comme un venin. Il s’insérait en moi. Me démangeait. Je devais tout faire pour me concentrer. Assister à cette scène qui se jouait sans moi m’était insupportable. J’étais le rôle principal de cette comédie sans pouvoir le jouer. J’étais à nouveau impuissant devant le Doc.

La conversation m’écœurait. Mère buvait les paroles du Doc. Elle s’arrangeait constamment les cheveux comme si cela pouvait attirer l’homme. Elle prenait une voix affligée comme si elle voulait passer pour une bonne mère. Comme si elle s’intéressait à ma petite personne alors qu’elle avait deux autres fils sains d’esprit.

Je fixais le Doc d’un regard las. Je ne pouvais rien y faire. Je lui montrai mon majeur pour lui signaler que j’étais encore en vie et que je l’écoutais malgré tout. –Qu’est-ce qui pourrait être pire. Je suis condamné à être ici. Mère, je te supplie n’écoute pas ces conneries.-

Les mots prenaient de plus en plus de temps à se faire une faille dans la brume qui enveloppait mon esprit. J’arrachai le goute à goute de mon bras. Ce seul geste m’avait été pénible. Mon bras était en feu. Le bruit du cardiogramme faisait désormais office de musique de fond.

Bib. bib.. bib... bib…

-Reste concentré.- Le cardiogramme ralentissait de plus en plus. Ma respiration devint sifflante. Je ne voyais presque plus rien. Je regardais ostensiblement le Doc. Je suffoquais devant les personnes que je détestais le plus au monde. Eux continuaient à discuter de je ne savais plus trop quoi. Consentement parental, je crois.

Le médecin arriva en courant dans l’infirmerie bousculant mère. Il regarda le cardiogramme et regarda le Doc. Il ne semblait pas comprendre. Il repoussa la femme qui m’avait donné la vie. Il ferma le rideau entourant mon lit.

-Doc, que lui avez-vous donné? Il est en train de mourir.
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MessageSujet: Re: Nosocomephobia [Clos]   Dim 10 Mai - 10:44

Bib. bib.. bib... bib…

L’irrégularité sonnante de l’électrocardiogramme déclencha une alarme dans l’esprit de Clarence. Il avait quitté Aleksis des yeux depuis un trop long moment : il s’en rendit compte lorsque, s’étant retourné, il vit que le jeune homme avait arraché sa perfusion. Une demi-seconde plus tard, Noah était de retour. Le psychiatre, hébété, ne répondit pas à son subalterne.

*Merde…*

Le médecin juif découvrit par lui-même ce qui avait déclenché l’arrêt respiratoire d’Aleksis. Il hurla quelque chose à Clarence, mais celui-ci était devenu sourd. Il fixait le diabétique qui se tordait de douleur dans son lit, comme l’aurait fait un lombric laissé en plein soleil. Le sang coulait de la plaie causée par l’aiguille extraite sans délicatesse par l’Australien.

*Oh merde…*

On injecta quelque chose à Aleksis. Deux infirmières étaient apparues. Il se mit à convulser. On entraîna Clarence à l’extérieur.

Assit sur une chaise du couloir, une de celles destinées aux malades, il fixait le mur en face de lui, complètement dépassé par la situation. Il était foutu, mort, on allait le virer. Non! C’était pire encore, on allait l’envoyer en prison. Un frisson glacé lui remis brutalement les idées en place. Il ne pouvait laisser faire une chose pareille. Si Noah parlait, tout allait lui éclater à la figure et détruire sa vie. Conclusion : Noah ne devait pas parler. Plus jamais.

Le directeur jeta un coup d’œil à l’intérieur de l’infirmerie : Noah injectait de l’adrénaline dans le bras d’Aleksis tandis qu’une infirmière recousait sont autre bras et qu’une autre lui faisait un massage cardiaque. L’équipe n’avait surement pas pu discuter encore de la cause de l’arrêt cardiaque et des défaillances respiratoires du kleptomane : elle était beaucoup trop débordée! Dans trois minutes ce serait fini.

Calmé, Clarence se rassit sur sa chaise. On avait probablement envoyé la mère d’Aleksis à son bureau en attendant la suite des évènements. Sélena devrait très bien s’en occuper : elle n’avait aucun scrupule dans ce genre de situation, Clarence pouvait, jusqu’à un certain point, lui faire confiance.

Il y a des caméras partout au CSHÉMA, vous vous souvenez?...

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MessageSujet: Re: Nosocomephobia [Clos]   Dim 10 Mai - 13:17

Les gens qui ont failli mourir disaient voir une lumière. Une sorte de lumière divine. Certains revoyaient leur vie en quelques secondes. Moi, c’était le néant. Un espace vide. Je flottais dans du rien. J’étais serein comme je ne l’avais jamais été. Un calme profond. La moindre parcelle de mon corps semblait être devenue aussi légère que l’air. J’étais heureux. Je quittais le centre. Pas de la façon que je désirais, mais je le quittais. Je n’avais pas peur de la mort. J’avais vécu un calvaire avec le Doc et se ne devait pas être si pire dans l’autre monde. Je retrouverais enfin mon père.

Tranquillement une tempête d’émotions m’envahit balayant ce sentiment de sérénité. J’eus alors une douleur affreuse à la poitrine. Je recommençai à sentir mon corps. Tous mes membres semblaient en feu. Je poussai un cri surhumain.

Les formes autours de moi restaient floues. Je me savais dans mon lit à l’infirmerie, mais je me sentais perdu. Ma respiration était sifflante et je réalisai que l’on m’avait posé un masque pour la régulariser. Je distinguai une lumière pointée direct dans mes yeux. Elle se tassa rapidement pour laisser la place à un homme.

Même dans cette brume, je le reconnus. C’était le Doc. J’eus un triste sourire. Il ne perdrait pas son travail ce jour-là. Une conversation se déroulait autour de moi sans que je sache la teneur des propos. Mon esprit ne voulait plus rien savoir. Il ne désirait pas travailler pour analyser les informations. Et moi non plus. Je m’endormis.

****

Il faisait désormais sombre dans l’infirmerie. C’est environ six heures plus tard que je me réveillai. J’avais retrouvé la totalité de mes sens. À mon grand désarroi. La douleur dans mon bras m’était insupportable. Le médecin à côté de moi se leva. Je l’entendis parler dans un combiné.

Quelques minutes plus tard, la porte de l’infirmerie s’ouvrit. J’arrachai mon respirateur. Je ne voulais pas paraître plus misérable que je ne l’étais déjà. Une sombre silhouette se posta devant moi. J’aurais voulu disparaître. Le diable était de retour devant moi.
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MessageSujet: Re: Nosocomephobia [Clos]   Dim 10 Mai - 16:26

« Oh que nous sommes chanceux! »

Dix milles sourires répondirent à l’affirmation.

« Non… Ce n’était pas de la chance. C’est Dieu qui veut cela. Dieu nous aide! »

Samedi matin. Très tôt. Dans la salle aux miroirs.

« Nous sommes bénis! »

Hier, Aleksis a failli mourir. Le Doc cherchait alors un moyen de se débarrasser de son collègue, docteur Noah, qui avait eu conscience de l’empoisonnement du diabétique – et qui, parallèlement, l’avait probablement attribué à Clarence. Mais alors que le psychiatre se creusait les méninges, un cri lui avait donné la solution à tous ses problèmes :

« Docteur Millet! »

Aux aguets, il était aussitôt entré dans la salle, inquiet de savoir ce que son homologue lui voulait.

« Vous devez me remplacer docteur! Je sais que ce n’est pas dans vos attributions mais… »

Clarence, tout sourire, se substitua à Noah. Oui, nous étions vendredi soir. Le shabbat.


Le visage endormi d’Aleksis s’affichait en gros plan sur l’écran de l’ordinateur du Docteur Millet. Il y avait eu un bogue informatique général, la veille. Tous les fichiers vidéo de la journée avaient mystérieusement disparus dans les méandres robotiques.

Et ce matin, à la première heure, Noah avait été muté dans un hôpital de guerre, en Israël. Pas que Clarence fut raciste, mais « qu’à cause de sa religion, l’employé ne pouvait fournir un travail conséquent à son engagement, passant un moment important de sa semaine à ne rien faire ». Personne ne pose de question parce qu’on sait que Clarence a raison. Et, de toute façon, Noah n’a aucune preuve de ce qu’il avance. Aucun venin n’a été retrouvé, ni dans la pharmacie, ni dans un quelconque autre département du CSHÉMA. Dommage.

Les deux exécrables petits yeux de l’Australien n’étaient pas encore totalement ouvert que Clarence était sortit de son bureau. Il croisa Sélena qui tenta de lui dire ce qu’il savait déjà : il la fit taire d’un geste de la main. Silence femme. Le psychiatre s’engouffra en coup de vent dans l’infirmerie : à voir le nombre d’heures qu’il passait là-bas, on devrait lui remettre la plaque du doc le plus dévoué!

« Monsieur Cole! »

La voix collait avec l’expression : une satisfaction d’une incroyable ampleur s’étendait sur le faciès du directeur. L’autre présence disparue sans un bruit : le remplaçant de Noah avait été choisi avec attention… Il répéta, sans autant d’ampleur, et le ton soudainement froid :

« Monsieur Cole… »

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MessageSujet: Re: Nosocomephobia [Clos]   Dim 10 Mai - 17:32

Je repliai mon oreiller sur mes deux oreilles. Je ne voulais pas l’entendre. Sa voix avait été si humaine la première qu’il avait dit son nom. Comme s’il était heureux de me voir. Il était plutôt heureux que je ne fus pas mort. Puis, je retrouvai le Doc que je connaissais. Froid, distant, exécrable.

Vous vouliez me tuer Doc?

La question était simple. Un oui ou un non me suffirait. Je n’en désirais pas plus. Sauf pour le non. Là, je me poserais d’autres questions. Me ment-il? Est-il aussi con que je le pense? Je me redressai sur mon lit pour mieux entendre la réponse. J’avais le regard dur malgré ma lassitude.

À sa réponse, je hochai de la tête. Il était aussi con que je le pensais. Je soupirai avant de reprendre la parole.

Je… Pourquoi me détestez-vous à ce point Doc. Suis-je autant une merde que ça? Je ne suis pas aussi malade que les autres patients, pas aussi dangereux que schizophrène et sûrement pas aussi débile qu’un légume.

De plus en plus, une rage s’installa en moi. J’eus l’impression d’avoir un torrent de haine en moi. À cause de cet homme, pas homme mais monstre, en moins d’une semaine, j’ai passé plus proche de trépasser que dans toute mon existence. Quoi qu’il dise, je sus qu’il ne voulait plus m’avoir dans ses pattes.

Doc, vous… Vous n’êtes qu’un pauvre type qui voudrait éliminer taux les malades mentaux. Comme le voulait Hitler. Vous savez, le type que l’on traite désormais de monstre et qui a envahit votre pays sans problème? Votre barbichette est juste au mauvais endroit. Au lieu d’être en dessous de la bouche, elle devrait être au dessus. Vous savez…

Je fis semblant d’avoir une moustache avec mes doigts. Je savais que j’allais trop loin, mais je ne pouvais m’en empêcher. Je le voyais devant moi. Il aurait pu m’étrangler sans problème. J’étais démuni et je n’avais pas la force de me défendre. Ma seule force, c’est ma langue. J’en usais le mieux que je pouvais.
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MessageSujet: Re: Nosocomephobia [Clos]   Dim 10 Mai - 22:08

Pendant un moment, deux adversaires quasiment égaux s’étaient affronter. Bien sur, ce qui avait fait la force de Cole, c’était son pouvoir de mortalité. C’était agaçant pour son docteur d’avoir à affronter l’imminence de la mort de ses patients, parce que, généralement, on l’en portait responsable. Le pouvoir de Clarence, lui, s’étendait sur tout le reste. Oui, deux adversaires quasiment égaux.

La question du diabétique frappa un mur. Elle était inutile, complètement inutile.

« Si j’avais voulu vous tuer monsieur Cole, vous seriez mort. On creuserait un trou dans la glace, là dehors, pour accueillir votre petit corps chétif. »

Il se questionnait sur la raison de la haine que Clarence lui vouait, mais il se répondait lui-même : il n’était pas aussi malade que les autres, donc pas aussi intéressant. Il était aussi lamentablement faible, on payait pour qu’il soit ici, ce qui le rendait méprisable et il était de descendance anglaise – ce qui, en soit, constituait une faute impardonnable.

Le psychiatre détailla son patient des yeux : Aleksis tremblait d’une rage qu’il avait rarement vu. Le petit semblait sur le point d’exploser. On appelait cela l’énergie du désespoir, le point culminant avant la chute sans fin.

*Lorsque tu toucheras le fond Aleksis, je serai à côté de toi et te tendrai une pelle. Ensemble, nous creuserons un trou où tu pourras t’enfoncer encore plus…*

Fulminant et apeuré par ses propres dires, Cole déclara une énormité : il avait réussi, pour une fois, à toucher un point sensible. Oubliant le code d’usage qui voulait que tous communique dans un anglais correct au mieux de leurs capacités, le docteur commença à vociférer dans sa langue natale :

« Saleté d’Australien de merde! Hitler hein? HITLER! TU SAIS CE QU’IL FAISAIT HITLER AVEC LES PETITS CONS DANS TON GENRE? »

Rageur, il attrapa rapidement les sangles du lit pour fixer son patient à son lit. Ensuite, il fila à l’autre bout de la salle fourrager dans un coffret de matériel. Il revint avec un appareil à la main.

« JE T’AI SAUVÉ LA VIE IMBÉCILE! J’AURAIS PU TE TUER! J’AURAIS PU TE TUER CRÉTIN! »

Les mains du psychiatre attrapèrent violemment la chevelure de Cole et un bourdonnement se déclencha. La première poigné de cheveux que Clarence avait attrapé tomba sur le sol. Une tondeuse électrique à la main, le doc passa sur le crâne d’Aleksis au grand complet. L’opération finie, il recula, les yeux brillants de haine incontrôlée :

« Voilà, maintenant tu as l’air d’être dans un camp de concentration… »

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MessageSujet: Re: Nosocomephobia [Clos]   Lun 11 Mai - 17:32

Je n’eus pas le temps de réagir. Les sangles me rentraient dan la peau. Elles étaient tirées au maximum et restreignaient le moindre mouvement. J’étais piégé, mais je ne m’en arrêterais pas là. Tout au long qu’il fut disparu de mon camps de vision, je continuais à insulter le Doc. À son retour, je ne pus voir se qu’il avait dans les mains.

SAUVÉ LA VIE? SAUVÉ LA VIE? SAUVÉ LA VOTRE, OUI!

Je ne pus retenir un cri lorsqu’il empoigna mes cheveux. J’entendis le bourdonnement, mais j’étais dans l’incapacité de voir l’instrument. Puis, je vis une mèche de cheveux brun tombé sur mon lit. Je pressai la sonnette qui était reliée au poste du médecin.

Lâchez-moi vieux fou.

Je me remis à appuyer frénétiquement la sonnette. Personne n’arriva. Où était-ce M. Noah? Habituellement, il arrivait dès qu’il attendait le bruit. C’est alors que, j’arrêtai tout mouvement. Le médecin était parti par ma faute. Il avait été renvoyé parce qu’il était de mon côté. Le Doc n’était qu’un salaud.

Le bruit de la tondeuse s’arrêta. La voix du Doc me fit frissonner. Jamais il ne m’avait parlé sur ce ton. J’avais touché juste, mais j’en payais le prix. Je regardais mes cheveux tombés au combat. Encore une fois, je n’avais pu opposer aucune résistance. Lorsque je repris la parole, le son de ma voix me surpris.

Ça ne s’arrêtera pas là Doc. Jamais vous ne pourrez m’arrêter.

En redressant les yeux, je constatai que l’infirmerie était à nouveau silencieuse et vide.
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