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 Thérapie de l'âme... [Abandonné]

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Luna Bobin
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MessageSujet: Thérapie de l'âme... [Abandonné]   Sam 16 Jan - 12:26

* Comment choisir entre deux personnes ? Comment décider qu'une vie vaut mieux qu'une autre ? *
Luna se réveilla. Ses yeux étaient déjà ouverts mais sa gorge n'était pas sèche comme lorsqu'elle parlait à haute voix. Encore un rêve éveillé. Toujours les mêmes schémas : prendre sur elle, souffrir à la place des autres, accepter la peine pour que les autres vivent heureux, souffrir... Un moyen pour elle d'avoir l'impression d'être qu'en même importante, d'être plus forte et meilleure que ce qu'elle n'était en réalité. En réalité, sa vie était banale, elle-même était banale, et elle se détériorait toute seule, se trouvant moins intelligente que les autres, moins bien, sans talent ni particularité. Même sa folie était théoriquement courante.
Elle ne se souvenait pas quand elle s'était réveillée pour la première fois. Ca lui arrivait toutes les nuits. Elle se réveillait tôt le matin et se rendormait, éclipsant la phase des rêves de son cycle de sommeil. A la place, son inconscient se mettait à fonctionner comme une machine à vapeur, tandis qu'elle perdait conscience. Toutes ses cellules sensorielles étaient en activité, bien qu'il n'y est aucune réelle stimulation. Ce n'était pas tant des images mais des sons qu'elle entendait, des voix, sans qu'aucune variation de pression ne trouble son oreille externe, moyenne ou ses cellules ciliées.
Elle entendait les voix dans sa tête, et même une fois réveillée, elle les entendait encore. Lorsqu'elle pensait, elle entendait dans son cerveau sa propre voix dire ce qu'elle pensait. Elle devait parfois se mordre la langue pour ne pas poursuivre réellement à haute voix. Malheureusement, parfois, elle n'y échappait pas. Elle ne s'en rendait pas toujours compte tout de suite. Elle parlait aussi toute seule sans croire à un ami imaginaire près d'elle pour l'écouter, mais simplement pour parler, avoir le sentiment qu'on l'entendait, voire qu'on l'écoutait. Elle avait fait des examens pour comprendre l'activité trop importante de son lobe temporal. Mais ça la fatiguait. Dire que les gens considéraient comme un don d'entendre les pensées des gens ! Elle avait déjà assez à faire d'entendre les siennes ! Et elle avait beau essayer de chasser toutes ces voix dans sa tête, tout le flux de son imaginaire qui empiétait sur sa conscience, ils revenaient toujours. Ils l'empêchaient de vivre dans le réel !

La jeune femme se leva, secoua sa chevelure chocolat comme pour chasser des mouches, s'habilla le plus vite possible pour ne pas laisser d'emprise au froid. De toute façon, il n'y avait pas grand chose à enfiler : on était dans un hôpital psychiatrique. Elle déambulant dans les couloirs, quasiment seule dans cet univers blanc. La plupart des patients restaient dans la salle commune ou dans leurs chambres, dont on les tirait de temps en temps pour une visite chez le Doc.
Ici, nombre d'instruments à dessins étaient interdits, cela faisait parti des règles de sécurité des établissements psychiatriques. Cependant, elle s'en sortait tout de même, d'autant qu'elle était suffisamment calme et responsable, dans la mesure où elle avait une place au centre, pour ne pas essayer de se donner la mort avec un pastel. Ou de tuer quelqu'un avec un crayon.

Elle déboucha sur la salle commune. Les patients, du moins ceux que l'on avait pas encore complètement transformés en légumes apathiques et aboulimiques par les psychotropes, se méfiaient d'elle, en partie parce que son arrivée était encore trop fraiche. Elle avait vu la jeune Ashley un jour, au détour d'un couloir. Ce n'était pas un endroit pour une enfant. Pas seulement à cause de Karel Stamenkovic. Ce n'était pas le seul loup dans cet établissement. D'ailleurs, ici, même un agneau pouvait en deux secondes devenir la dernière chose que vous verriez. En particulier avec un tel psychiatre à la tête du centre. C'était là-dedans qu'elle était entrée ! Bienvenue en Enfer !
Il n'y avait plus de place seule, aussi se dirigea-t-elle vers la baie vitrée. Un moment sans penser, à simplement admirer le monde extérieur. Jamais il ne lui avait semblait tant hors de sa portée. Luna soupira. Ses mains et ses pieds étaient glacés mais, pour l'instant, elle n'avait pas froid. Seule la douleur de son pied blessé s'était réveillée, sûrement à cause de l'humidité. Ses oreilles bourdonnaient, mais elle n'y faisait plus attention : encore des acouphènes. Il y avait longtemps, lui sembla-t-il, qu'elle n'avait pas danser, mais il n'y avait pas vraiment d'endroit adéquate pour ça au CSHEMAS. Elle trouva tout de même une place libre à côté de quelqu'un, sans regarder qui c'était. Elle avait de plus en plus mal au dos, à souhaiter qu'on lui attache ses deux bras et qu'on l'écartèle. La douleur pesait sur sa poitrine, l'obstruait.
Les mains de la jeune femme avaient du mal à faire glisser la couleur sur le papier. Elle ne savait pas vraiment quoi dessiner. Le saurait-elle, il aurait fallu qu'elle réussisse à l'exprimer. Toute fois, des traits apparaissaient, des courbes, des angles, des formes, des ombres... Elle laissait les choses se faire. Elle ne réfléchissait pas vraiment à un sujet.

Une erreur ! Elle n'aurait pas du faire ce trait ! Il venait tout gâcher ! Luna sentit sa gorge tremblait et les larmes lui venir aux yeux. Pas pour un simple trait infime, un simple dessin. Pour cette folie ! Toute cette folie ! Elle avait vendu son innocence au Doc, elle le savait. C'était le seul moyen qu'elle avait trouvé pour protéger celle d'autres personnes, y compris celles qui se trouvaient ici. Elle n'aurait pas pu rester au centre en tant que praticienne. Le Doc ne l'aurait pas permis, il lui aurait refusé l'emploi. Mais rester en tant que patient, ça n'avait pas loupé. Dire qu'elle était arrivée pour l'évaluer, lui et ses résultats ! Son oncle n'avait pas pu s'en empêcher, elle n'avait pas été déchargée de cette obligation. Comment avait-il fait ?
Elle se souvenait de son coup de téléphone au Doc et à elle-même. Il était stupéfait, incapable de comprendre : Comment pouvait-elle être folle ? Un médecin tel qu'elle ne pouvait être fou !
Luna ne pouvait pas lui demandait de comprendre ou d'accepter cette nouvelle. Il n'en était pas capable. Il avait tellement insister pour qu'elle continue ce pour quoi elle était arrivée au CSHEMAS, alors qu'elle s'était préparer à renoncer à toute sa vie. Il l'avait suppliée de continuer, l'empêchant de tout à fait couper les ponds avec le monde. Elle avait cédé, tout comme l'OMS. Comment avait-il réussi à leur faire accepter un tel caprice ? Ils savaient pourtant qu'elle était internée en tant que patiente au centre. Ils avaient accepté qu'une malade mentale fasse un rapport officiel sur l'hôpital psychiatrique dans lequel elle était internée ! Cette situation, ça c'était vraiment fou ! En réalité, elle savait bien que c'était bidon, et que ça n'était pas ça qui allait inquiéter Clarence Millet. ce n'était qu'une faveur faite à ce cher doyen, afin d'aider à faire passer la pilule, mais ça ne voulait rien dire du tout. Aucune importance.
Luna se demanda comment Clarence Milllet avait réussit à arriver aussi haut. Personne ne pouvait ignorer son pouvoir et son importance. Plus que fou, il faudrait surtout être idiot pour ne pas le comprendre. Dehors, il était presque aussi important et génial qu'il le croyait lui-même, CSHEMAS en était la preuve. Et à l'intérieur du centre, il était maître absolu, ou presque. Ici, il n'avait pas de compte à rendre, aucun besoin de se justifier. Pourtant, ce n'était pas raiment comme s'il était totalement sain d'esprit. Tout le monde a sa folie. La normalité, c'est simplement de mieux réussir à la maintenir et à la dissimuler de ses pairs. Pour ça, le Doc s'en sortait presque mieux dehors qu'ici. Mais ce n'était pas un problème, puisque personne ici n'avait le pouvoir de le remettre à sa place, pas même le reste du personnel.
Sa décision ayant été mûrement réfléchie, Luna avait pu tout régler au mieux. En espérant que ce soit suffisant. Maintenant qu'elle était entrée, elle allait devoir tenir. Elle, si faible, avait un impératif qu'elle ne pouvait décevoir. Luna avait passé toute sa vie tournée vers les autres, ne savait exister qu'à travers et pour eux. C'était ce qu'elle savait faire de mieux ! Mieux que quiconque ! Et pourtant, déjà, elle se sentait au bord du désespoir, perdue, les yeux brillants de larmes, les mains nouées sur ses lèvres tremblantes, le visage tourné vers la baie, oubliant son dessin.
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Volker Netzeband
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MessageSujet: Re: Thérapie de l'âme... [Abandonné]   Dim 17 Jan - 9:02

« Regarde. »

Je levai la tête de mon jeu d’échec, frustré de me faire interrompre, pour la dixième fois de la partie, par un Gehänt qui ne voulait décidément pas se résoudre à perdre une seule partie de sa vie. Je levai des sourcils très expressifs, exposant mon exaspération à mon adversaire : qu’est-ce qu’il voulait cette fois? Une grimace triste s’étira sur le visage boursouflé du pendu, son doigt pointé vers quelque chose derrière moi. Autant pour que je me retourne et lui laisse le temps de changer des pièces d’endroit.

« Sie möchte nicht, dass Idiot.* »

Il fronça les sourcils à son tour, insistant pour que je me retourne, S’il en profitait pour modifier quoi que ce soit, j’allais le tuer… La salle commune était bien remplie comparativement à d’habitude et je croisai quelques regards surpris. Rien d’intéressant, pour ce que je savais, l’autre m’avait eu comme un bleu. Je me retournai à nouveau, vexé.

« Verdammt, du bist zu dumm…** »

Une claque monumentale me fit hoqueter de surprise, je bondis de ma chaise et recula de quelque pas. La main sur ma joue, j’ouvris des yeux horrifié : c’était quoi son problème bon sang! Depuis qu’on était au CSHEMA, Gehängt n’arrêtait pas de chercher la bagarre. Ses yeux étaient durs et il me fixait sans la moindre expression de joie.

« Arrête de paniquer pour le jeu et regarde derrière toi! »

C’était n’importe quoi mais je le fis. Outre un pourcentage important de gens me fixant du coin de l’œil – Ça va, ça va, j’ai trébuché dans ma chaise… - il y en avait qui dormait, et un garde qui avait l’air de se demander s’il devait m’emmener en thérapie ou pas. Sans le quitter des yeux, je me rassis prudemment et murmurai.

« Ich sehe nichts, was tut es?*** »

Deux mains glacées me prirent les tempes et firent pivoter mon cou de quelques degrés. Dans cette direction, deux personnes seulement : une femme qui regardait dehors avec un air de fin du monde et un autre patient qui était à moitié affalé sur la table, probablement drogué par les médocs du Dr. Millet. Catégorisant l’endormi sans grand intérêt, je mis toute mon attention sur sa compagne de table. D’après ce que je pouvais voir de l’endroit d’où j’étais, elle avait dessiné quelque chose d’abstrait à mes yeux. Je n’avais jamais eu de grand intérêt pour ce genre d’art, préférant l’impressionnisme au cubisme mondain, mais la présence d’une forme d’art dans cette pièce emplie de déchets humains – et encore, ce n’était pas de leur faute - me laissa sans voix. Les paumes frigorifiques me relâchèrent doucement, caressant ma joue endolorie au passage.

« Kommen Sie und sehen.**** »

J’emboîtai le pas à Gehängt, bondissant presque de mon siège, volant jusqu’à la merveilleuse apparition. Inattentif à elle en tant que personne – on ne se change pas pour un bout de papier crayonné – je me penchai délicatement vers son œuvre en soupirant, pour moi-même cette fois, et elle aussi :

« Es ist schön. C’est joli. »

_________________
* Tu ne m'auras pas comme ça, idiot.
** Putain, t'es trop con.
*** Je vois rien, qu'est-ce qu'il y a?
**** Allons voir.
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Luna Bobin
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MessageSujet: Re: Thérapie de l'âme... [Abandonné]   Dim 17 Jan - 10:01

« Es ist schön. C'est joli. »
Cette voix extirpa la jeune femme de l'infini blanc qui l'entourait, et ses yeux doux tombèrent sur son dessin. Un bout de papier, un paysage aux pastels. Un lac, avec sa végétation, son ponton, une petite cabane en bois au fond, et au premier plan une table en fer blanc avec quatre chaises. deux des chaises étaient tournées vers le lac, vides. Sur la troisième était assis un enfant, tourné vers la quatrième chaise sur laquelle siégeait un autre enfant, tout blanc, étonnamment clair et vivant dont la lumière agissait sur le paysage et sur l'autre enfant comme un animal à la façon de Degas. Ca avait quelque chose quelque chose de triste et de calme. De libérateur. Elle ne l'avait pas vu comme ça lorsqu'elle l'avait dessiné. Elle ne l'avait pas vu tout court. Elle était trop concentrée sur les traits, la technique, de peur de faire une faute, de rompre l'harmonie. Mais, trop concentrée sur le détail, elle n'avait pas vu la véritable harmonie d'ensemble du dessin. Son langage.
_ « Vielen Dank. Merci beaucoup. » répondit-elle avec un sourire sincère à son interlocuteur. « Je n'ai pas dessiné depuis longtemps... » commença-t-elle à s'expliquer.
*Tais-toi ! Tais toi ! Ne sois pas si nerveuse ! Je ne veux pas avoir à réinventer ce moment dans ma tête plus tard, en m'imaginant avoir été intéressante ou intelligente...* s'énerva, ou plutôt supplia, sa propre voix dans sa tête.
Luna leva les yeux vers le propriétaire de la voix. Que faisait-il ici ? Peu importe : il y avait si peu de patient capable d'avoir une discussion avec quelqu'un dans ce centre. Elle chercha autour d'elle s'il ne restait pas une place pour qu'il puisse s'asseoir.
_ « Je ne pensais pas que quelqu'un y ferait attention. Ici, tout est tué dans l'oeuf. C'est une prison blanche et lisse et... avec une violence asphyxiante ! Il n'y a plus beaucoup d'art ou d'expressivité quand on est entouré par des esprits torturés et muselés par les médicaments, même si c'est un peu pour leur bien ou pour celui des gens à l'extérieur. » débita-t-elle. Tous les psychiatres avaient constaté pendant des années les problèmes du traitement et du suivi psychiatrique. Elle avait passé des heures, des jours et des nuits auprès de malades, si bien qu'elle restait des fois à observer les patients du centre, à identifier, diagnostiquer. Elle n'était pas aussi nerveuse qu'elle aurait pu le craindre. Seulement un peu rouillée niveau échange humain, même si, en réalité c'était plus son dessin qu'elle-même qui avait attiré le jeune homme. Elle n'avait parlé à personne, et personne ne lui avait parler, depuis son arrivée au centre. Aussi put-elle apprécier qu'elle n'avait pas encore perdue l'usage de sa langue. « Mais, je suis impolie. Je parle et je parle, pardon. La dernière voix que j'ai entendue... »
* En dehors de celles dans ma tête !*
« … est celle du Doc, alors ça fait du bien d'entendre une voix humaine ! En plus, vous parlez français. » souria-t-elle. Tout en parlant, elle s'était remise à crayonner sur une autre feuille, instinctivement. C'était une façon pour son corps de fuir la peur de la confrontation avec le réel, l'angoisse de se montrer face à une vraie personne. Mais ses yeux le regardant indiquaient au jeune homme que c'était bien à lui qu'elle s'adressait.
« Je m'appelle luna Bobin. Und Sie ? Wer sind Sie ? Mögen Sie diese Zeichnung ? »(1) demanda-t-elle en se présentant et en lui tendant le dessin qu'il avait remarqué. Son allemand était devenu très approximatif car elle ne l'avait plus parler depuis longtemps. Lui semblait très bien le maîtriser. En tout cas, au moins autant que le français.

(1)Et vous ? Qui êtes-vous ? Est-ce que vous aimez ce dessin ?
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Volker Netzeband
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MessageSujet: Re: Thérapie de l'âme... [Abandonné]   Lun 18 Jan - 2:31

[Nota : on écrit en français mais en « vrai », tout le monde parle en anglais dans le centre. C’est pas grave pour cette fois, un Belge risque d’avoir appris le français à l’école. Fais gaffe si tu croises Ashley par contre!]

Un frisson de pure horreur me parcouru le dos tandis qu’un moulin à paroles se déclenchait devant moi, découpant les bruits indistincts de la pièce en un murmure qui ne m’était plus destiné. De plus, je ne comprenais absolument rien au charabia qui découlait de sa bouche comme un fleuve sans fin. Ça sonnait comme quand le Doc s’en prenait à Aleksis, un mélange d’accent agressant, quelque chose entre le latin et le grec. Du français. Lui avais-je parlé en français? Je ne me souvenais plus. Ça aurait été surprenant comme je ne l’avais étudié que brièvement à l’école, concentrant mes énergies sur l’anglais et d’autres matières plus importantes. Mais l’impossibilité était un facteur inexistant à mes yeux, et, à défaut de preuve qu’elle était parfaitement cinglée, je me réduisis à l’idée que j’avais du prononcer quelque chose dans sa langue. Peu importait au fond, à part le fait que mon précieux silence avait explosé en milliards de morceaux lorsque j’avais avancé vers madame – elle avait probablement dit son nom quelque part dans son discours mais j’aurais été bien en difficulté de le retrouver ou de le comprendre. En effet, sa voix se boucla sur une série de questions impliquant le mot « et », expliquant qu’elle avait déjà passé aux aveux.

Les rencontres sociales au centre me laissaient toujours un peu abattu. Tandis que dehors, rencontrant un étranger, on se présentait sous son prénom & nom, statut social et métier, au CSHÉMA ça ressemblait plus à « prénom & nom, maladie mentale, nombre d’infractions criminelles, quantité de temps au centre, infractions commises au centre, etc. ». Je suppose que c’était un peu comme une prison, un genre d’Alcatraz des temps modernes, non plus sur un île à quelque kilomètres de la côte, mais sur un continent entier éloigné de plusieurs millier de kilomètres de toute civilisation.

Les yeux brillants de l’étrangère me ramenèrent au problème présent. Elle était nouvelle, elle était française, elle avait probablement entendu parler de chacun d’entre nous dans les journaux avant de se faire attraper à son tour. On ne tient pas son identité secrète bien longtemps dans un centre hospitalier, que ce soit parce que le Doc hurle votre nom dans les haut-parleurs pour qu’on vous emmène dans son bureau ou tout simplement une infirmière qui vient faire un contrôle de routine. Bien sûr, tout le monde a une matricule, mais je suppose que personne n’est encore assez débile pour faire du CSHÉMA une vraie prison. À traiter les gens comme des nombres, ils en deviendraient. Restait que je n’avais pas envie de familiariser à ce point. J’aurais voulu qu’elle se casse, dise peut-être un petit merci, et me laisse avec sa peinture. Ou mieux, j’aurais aimé que Gehängt se taise et qu’on finisse notre partie tranquille sans perturbations.

« Ich spreche kein Französisch.* »

Ne pas répondre. Elle avait questionné en allemand, bien sûr, ça je l’avais compris. Quelque chose me bloquait. Quelque chose de pire que lorsqu’Aleksis avait interrompu une partie d’échec entre moi et Gehängt…

« Elle est folle. »

Les mots me frappèrent comme une brique qui me serait tombée sur la tête. Je tournai la tête vers mon pendu domestique, surpris.

« Je voulais te la montrer parce qu’elle est vraiment folle, pas comme d’autres dans ce centre qui ont juste quelques problèmes psychologiques. Elle a déraillée, son cerveau a surchauffé, appelle ça comme tu veux reste qu’elle, c’est du perdu. Même plus malade, à ce stade là c’est permanent et irrémédiable… »

Un malaise grandissant m’envahi tandis que je jetai un nouveau coup d’œil à son dessin. Gehängt avait raison, il n’y avait qu’un esprit dérangé qui aurait pu dessiner pareille chose, je le voyais à présent. Ce n’était pas une œuvre abstraite, comme je l’avais d’abord imaginé, il s’agissait bel et bien d’une représentation réelle. Mais quelle réalité, on aurait dit la mort sur un bout de papier. La mort, ou pire encore.

Clarence Millet.

Les immenses yeux bruns de la femme s’agrandirent encore tandis qu’elle me fixait. Je voulais détourner le regard mais je ne m’en sentais pas capable. Elle était à la solde du Doc, bien entendu, qu’aurait pu faire une autre française ici sinon? J’entendais la voix de Gehängt, loin, quelque part derrière moi. Je déglutis avec peine, cherchant mon air comme si la pièce étant devenue soudainement vide d’oxygène. Elle me tendait l’horrible portrait du psychiatre Millet, son visage tout déchiré en un rictus abominable. Ses pupilles voulaient me dévorer. Toutes leurs pupilles. Elles avaient la même couleur, le même brun chaud et froid à la fois, qui vous tordait les entrailles. Ma langue, sèche et rêche, frotta contre mon palais tandis que mes cordes vocales essayaient de me sauver hors de ces lacs marrons. « Mir ist kalt. » fut tout ce que je pus dire. J’ai froid.
_____________
* Je ne parle pas français.
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Luna Bobin
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MessageSujet: Re: Thérapie de l'âme... [Abandonné]   Lun 18 Jan - 7:48

[Désolée.]

Elle n'aurait pas du ouvrir la bouche, ni même lui tendre le dessin. Il avait l'air malade, complètement horrifié. Il avait tourné son regard vers son épaule comme à l'intention de quelqu'un d'autre. Quelqu'un qui, de toute évidence, n'était pas là, à moins qu'il ne s'agisse d'un fantôme. Les pièces s'assemblèrent dans sa mémoire sous son regard paniqué braqué vers elle. Elle cacha son dessin, tandis qu'elle énumérait tout ce qu'elle avait pu remarquer le concernant. Hormis qu'il parlait allemand. Elle l'avait vu plusieurs fois jouer aux échecs seul, ce qui, au premier abord, n'avait rien de particulièrement anormal. Mais Luna ne se contentait pas du premier abord. De la même manière qu'il avait porté son attention sur le vide à son côté, il lui arrivait de parler tout seul, ce qui se traduisait ici par les yeux méfiants des patients convergeant vers lui comme un gros projecteur braqué sur le futur agneau qu'on enverrait chez le Doc.
Elle se souvenait de lui maintenant, de l'esclandre qu'avait fait en Belgique le meurtre commis par un grand joueur d'échec. La transcription du procès, durant lequel il avait parlé tout seul, avait circulé un moment chez les psychiatres. Elle n'était pas sûre de son nom, ce devait être Netzeband.

Mais comment se faisait-il qu'un schizophrène ne soit pas sous traitement ?
La schizophrénie était un vrai problème que l'on arrivait rarement à soigner avec autre chose que des pilules. Notamment, parce que nombre des patients n'avaient pas conscience d'être malades et que leur double personnalité les rendait de plus en plus instables et dangereux à mesure qu'ils se sentaient menacés.
Elle regarda à nouveau son dessin. Il était tout à fait innocent. Avec une atmosphère mélancolique et fantomatique, certes, mais sans rien d'extraordinaire. Toute fois, rien ne lui garantissait qu'il voyait bien la même chose qu'elle.
_ "Qu'est-ce qu'il y a ? Est-ce que je vous ai fait peur ?" interrogea-t-elle en anglais. Heureusement qu'elle maîtrisait cette langue, même s'il lui était plus facile de parler en français. Mais comme dans ce cas précis parler ne lui avait pas vraiment réussit, autant n'en dire que le stricte nécessaire.
"Vous voyez des choses ? Ce n'est qu'un paysage !"

La plupart des jeunes psychiatres avaient tendance à vouloir rentrer dans le jeu de leur patient schizophrène, mais ils apprenaient bien vite que c'était mauvais pour leur patient, car ils les confortaient dans leur folie. En même temps, cela les rassurait aussi et Luna n'était pas vraiment rassurée face à cet autre patient. Elle avait gaffé, aucun doute ! Maintenant, elle allait être dans de beaux draps ! Un instant, elle se demandait ce que pouvait bien lui faire subir Clarence Millet. Un tel cas de Schizophrénie devait intéresser le psychiatre. Ce n'était pas une perspective très rassurante car elle connaissait sa réputation. S'ils se faisait remarquer, le Doc allait leur faire payer. Elle aurait beau tout imaginé, elle était persuadée qu'il arriverait encore à la surprendre. Pourtant, elle n'avait pas eu beaucoup d'occasion de le voir pratiquer.
* Bienvenue au CSHEMAS, je vous souhaite un merveilleux séjour ! * ironisa-t-elle dans sa tête.

"Je vous le laisse là, d'accord ?" reprit-elle, en déposant le dessin sur la table, un peu à distance. "Faites en ce que vous voulez ! Une cible, un dessous de verre, n'importe quoi du moment que ça peut vous servir." décida-t-elle, en se remettant à dessiner le plus calmement du monde.
Etre patient était bien différent d'être médecin entouré de patients, Luna le sentait. Elle n'avait pas imaginé que ça ferait une telle différence. Elle ne savait pas comment lui parler, quoi faire, comment se comporter. Elle était perdue, comme étourdie après une chute de très haut. Du coup, elle espérait que la menace des infirmiers et donc, par leur intermédiaire, celle du Doc suffise pour qu'il reste raisonnable. Raisonnable étant ne pas se mettre à courir dans tout le centre, agir... comme un fou dangereux par exemple.
"Je ne voudrais pas que l'on se retrouve chez le Doc, et malheureusement l'un des infirmiers à votre droite semble s'interroger. Alors, s'il vous plaît, ne lui donnez pas raison ! Es ist wenig für mich, dass Sie hören dir freud wollen, aber, bitte, lenken Sie nicht Docs Aufmerksamkeit auf uns ! Sauf s'il te manque à ce point...(1)" murmura-t-elle au jeune homme, toujours debout derrière elle. Ce qui était, malheureusement, parfaitement vrai. cependant, elle ne devait pas se laisser aller au stress et à la panique, ce serait le faire paniquer lui aussi. Elle n'était pas particulièrement pressée d'avoir une nouvelle entrevue avec Clarence Millet, même si comme tout patient elle n'y échapperait pas toujours. Les ennuis viennent assez vite eux-même, inutile de les provoquer. Et pire encore, elle ne voulait pas donner une excuse au Doc pour se retrouver seul face au jeune homme. Elle allait devoir essayer de lui éviter les ennuis, et ce, apparemment, malgré lui.
"So, was wollen Sie ?" (2)
Elle voulait le rassurer, ne pas l'effrayer mais elle ne le connaissait pas et ignorait comment faire. Et comme il fallait commencer par quelque chose, autant que ce soit de lui éviter une thérapie.

(1) Peu m'importe que tu veuilles écouter ton ami, mais, s'il te plaît, n'attire pas l'attention du Doc sur nous
(2)Qu'est-ce que tu veux ?"

[Désolée, c'est mauvais, mais je ne savais pas quoi répondre.]
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Volker Netzeband
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MessageSujet: Re: Thérapie de l'âme... [Abandonné]   Mar 19 Jan - 23:56

« Mais non, c’était une blague, arrête de paniquer. »


Une main froide s’abattit sur mon épaule, relâchant la pression qui m’avait envahie comme si Gehängt avait crevé un abcès. Je me retrouvais comme un vrai malade, titubant et interdit, devant une nouvelle rafale de questions. J’hochai doucement la tête, les yeux posés sur le sol, inquiet des dernières actions qu’avait posé mon fantôme. C’était une blague mais elle avait eu des conséquences néfastes – et cela aurait pu être pire encore s’il ne s’était pas déclaré au même moment. Lorsqu’elle me demande si je voyais des choses, j’haussai les épaules, désintéressé.

« C’est rien, ça va… »

Je tiquai sous un serrement près de mon cou. Luna Bobin. Son nom, bien sûr. Je restais un parfait idiot. Gehängt ne faisait que se foutre de ma gueule parce que je ne l’avais pas reconnu. Et encore, j’avais fait l’association au Doc, c’était d’une imbécillité pure. Oh, bien sûr, ils avaient à faire ensembles, mais pas conjointement. Pas d’association, non. Elle était Doc aussi, le même genre que notre chef d’état en ce bas lieu planétaire nommé Antarctique, mais pas dans le même style. Elle était sa Némésis. D’où le pourquoi de sa présence ici, je supposai. Un patient avait vu – entendu plutôt – une conversation entre les deux « collègues ». Conversation qui s’était bien sûr transmise à travers tous les patients munis d’un cerveau dans le centre: on avait une Doc dans le centre, et elle voulait aider. Son état de patiente nous avait ensuite prouvé sa valeur…

Je repoussai la main de Gehängt tandis qu’elle me demandait ce que je voulais. Elle semblait fâchée, ou, du moins, ennuyée par ma présence. Il restait dangereux de parler avec elle, le Doc aurait pu deviner les plans de n’importe qui essayant de se sauver de lui pour aller chercher de l’aide ailleurs. Encore heureux que personne au centre ne soit là par choix. Trop tard pour sauver ma peau ce coup-ci. Enfin, peut-être n’avait-il rien remarqué encore. Ma main se dirigea vers une chaise libre, entre elle et le légume endormi, sans que je n’y puisse grand-chose. Une force que je ne controlais pas me poussa à m’asseoir aux cotés du psychiatre, son dessin devant moi. Je n’y prêtais plus attention, désintéressé du portrait, s’il en était un.

« Volker. Volker Netzeband. Mon nom, vous savez. »

Ok, ce n’était pas une présentation extraordinaire mais j’avais un peu jeté l’ambiance à cause de Ge’ plus tôt. Ça aurait fait encore plus psychopathe de commencer à faire dans la dentelle et de devenir tout mignon et gentil en un clin d’œil. Je vis que mon ami invisible s’était taillé une place en face de moi, le menton posé dans sa paume. Son visage était inexpressif malgré son enflure exagéré et sa couleur violacée. J’eu soudainement envie de toucher cette tête boursouflée, de la voir s’enfoncer sous mes doigts dans une sensation désagréable. Sa peau ressemblait plus à du cuir trop tanné qu’à une peau humain. Elle brillait de manière désagréable, et était fade à la fois. Voyant que je l’observais, Gehängt grogna de protestation et glissa ses doigts sous son nœud coulant, agacé. L’odeur âcre des pastels me rappela l’objet de ma quête du moment. Faisant miroir au pendu face à moi, je posai mon menton dans ma main et tourna la tête vers le Dr. Bobin. D’une voix un peu plus nonchalante que je l’aurais souhaité, je dis :

« Je vous ai vu avec le Doc. Vous êtes psy’ aussi, hein? Tout le monde parle de vous dans le centre… »

J’eu un regard de défi envers une caméra, sachant pertinemment que si je ne payais pas maintenant, je le paierai plus cher encore dans l’avenir. Clarence n’apprécierait pas l’usurpation de ses occupations. Je continuai d’une voix un peu plus rapide, un peu plus nerveuse aussi, il faut l’admettre.

« On dit que vous pouvez aider… »

J’avais baissé les yeux avant ma dernière phrase mais je relevai la tête lorsque ma voix se tut, croisant le regard de Gehängt. Nous pivotâmes la tête au même moment vers elle. Pouvait-elle nous faire sortir d’ici?

[ Tu peux écrire dans une autre couleur s-t-p? Ça me tue les yeux >< Désolée du dérangement =) Merci de répondre aussi vite =) J'aime ce que tu écris, c'est chouette, t'inquiètes =) ]
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MessageSujet: Re: Thérapie de l'âme... [Abandonné]   Sam 23 Jan - 11:43

[Il n'y a qu'à demander !]

Lorsqu'il retrouva l'usage de sa langue, il avait l'air plus détendu mais tout aussi mal à l'aise qu'il était paniqué une minute plus tôt. Un nouveau coup de son ami inconscient sûrement. Lorsqu'il s'assit, j'en tombais presque des nues. Il était calme maintenant, sûrement plus grâce à une nouvelle intervention de son ami imaginaire que par la menace, qu'il n'avait peut-être même pas remarqué, du Doc. Il allait sûrement savoir qu'elle lui avait parlé avec des caméras partout et les infirmiers. Elle se tourna vers lui, surprise (agréablement) mais elle s'inquiétait pour la suite, pour lui lorsque le Doc hurlerait son nom dans l'interphone.
Il lui dit même son nom ! Pas un roman fleuve, dont elle n'avait ni l'envie ni le besoin, mais une simple présentation avec le strict minimum, c'était toujours ça. C'était même bien suffisant, et, au moins, elle n'aurait plus à l'appeler « cher monsieur joueur d'échec qui parlait tout seul ». Elle était stupéfaite d'avoir réussi à retenir son nom, malgré les appels et les contrôles quotidiens. Rien que pour la chance qu'ils avaient eu tous les deux qu'il ne se soit pas comporté comme un fou, elle lui sourit tout en continuant à dessiner. Elle l'observait s'absorber, plonger dans l'observation du vide entre deux patients.

Jusqu'à ce qu'il parle d'une conversation avec le Doc :
« Vous êtes psy' aussi, hein ? Tout le monde parle de vous dans le centre. »

Tout le monde ? Et comment parlait-on d'elle ? Qu'avait-il put entendre ? Une appréhension nouvelle, du moins qu'elle n'avait pas ressentit depuis qu'elle était internée ici, commençait doucement à lui nouer l'estomac.

« On dit que vous pouvez aider ? »

C'était ainsi qu'ils en parlaient ?
Comme de leur sauveuse ?
Mais dans quelle mesure ?
S'opposer aux infirmiers, et au Doc à l'occasion, ou attendaient-ils encore plus... comme qu'elle les libère de cette prison perdue au milieu d'un immense désert givré ?

Elle s'était attendue à ce fantasme bien sûr, et elle avait même répété des réponses au cas où ça arriverait mais ça n'avait été que de la théorie jusque là. Elle avait sauté sans filet pour la première fois de sa vie en restant dans ce centre. Et Clarence Millet le savait. Sûrement qu'il les avait déjà repéré sur ses écrans. Sûrement qu'il devinait ce que son patient mijotait, espérait de cette rencontre. Sûrement attendait-il avec délectation la réaction de feu le médecin, l'expression de son visage lorsqu'elle allait briser tous ses espoirs.

Du moins, ça c'était dans le pire des cas. Volker Netzeband n'avait pas encore clairement exprimé sa requête.
Mais, il fallait qu'elle parle d'abord, qu'elle lui explique :
_ « On vous a dit ça ? Qui ? Le Doc ? Un autre patient ? Oui, je veux aider les patients qui sont ici. Oui, j'ai certains moyens et certaines influences qui peuvent me le permettre. Mais je ne pourrais pas toujours. Vous devez avoir conscience que, même si à l'extérieur je suis docteur, ici j'ai le statut d'un patient. Je peux faire des choses, mais je n'ai pas tout pouvoir. Je ne veux pas que vous vous fassiez de faux-espoir, je ne suis pas le Doc ici. Il n'y en a qu'un ! Vous comprenez ? Je suis là pour faire tout ce que je peux dans la mesure de mes moyens pour protéger les patients du CSHEMAS... d'éventuels abus, disons. » rappela-t-elle soigneusement au patient avec l'air le plus calme et le plus confiant du monde.
Elle n'allait pas laisser voir le flot de peurs, de résolutions et de doutes qui dialoguaient dans sa tête, tous les scénarios et hypothèses que son esprit pouvait imaginer et rendre réel dans sa tête.
« Dites moi ce que vous voulez ! Ce qui vous arrive ! Je verrais ce que je peux faire. » promit-elle sérieusement, en jetant un coup d'oeil à la caméra la plus proche.

Quand une ombre immense vint s'étendre sur elle. Luna leva les yeux. C'était un infirmier, chargé de servir leurs pilules aux patients.
_ « Très bien ! Qu'avons-nous aujourd'hui ? » interrogea la jeune femme parfaitement en se détendant sur sa chaise.

L'infirmier lui tendit un verre d'eau et un à un les comprimés qui reposés dans un gobelet en plastique. Luna soupira, identifia de façon machinale les diverses petites pilules et même, de temps en temps, leurs effets lorsque cela l'amusait. Elle les avala tandis que l'infirmier la regardait faire, un peu gêné.
_ « Ce n'est pas vous qui essayez de me transformer en légume, et ce n'est pas avec moi que votre conscience devrait s'alarmer. Est-ce que vous savez au moins ce que vous donnez aux patients ? » interrogea-t-elle en avalant une nouvelle gorgée d'eau.
_ « Si vous n'êtes plus qu'un légume, qui aidera les autres patients dont vous parlez, docteur ? » répondit-il d'une voix grave et égale.
_ « L'altruisme ne protège pas de la folie. » se nargua-t-elle, « Et ne m'appelez pas docteur où le Doc va vous tomber sur le dos. Faites votre boulot si vous ne voulez pas le perdre, hein ? » conseilla-t-elle.
_ « Pourtant vous parlez comme un docteur. Et vous nous avez calmé le petit comme un docteur. » grommela-t-il en vérifiant qu'elle ait bien avalé ses comprimés.
_ « Dites au Doc, que son cocktail manquait encore d'être relevé ! » répondit-elle simplement.
L'infirmier eut un nouveau grognement et parti en soupirant vers les autres patients.

Evidemment, Luna n'avait réellement avalé que ce qui était réellement utile car lorsqu'on observe des patients en établissement pendant des années on finit par apprendre une multitude de possibilité de tromper les infirmiers qui n'étaient souvent pas assez pointilleux. Elle se remit donc à dessiner comme s'il n'y avait eu aucune interruption :
_ « Alors, en quoi pourrais-je vous aider ? »
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MessageSujet: Re: Thérapie de l'âme... [Abandonné]   Mar 26 Jan - 2:56

Le docteur parlait beaucoup. Trop pour moi, j’avais du mal à suivre le flot rapide de ses paroles. Pas que j’eusse de quelconques difficultés avec l’anglais, ça non. C’était toutes ces phrases, tous ces mots, tout ce bruit. Elle parlait un peu comme le Doc, avec beaucoup de lettres, beaucoup de phrases, mais pas d’idées claires, rien qu’on puisse comprendre en un instant. Mon regard était retourné sur Gehängt, cherchant un rien de paix dans ses yeux pour pouvoir passer à travers cette conversation à sens unique. De loin, j’entendais des raclements de chaises, des gens avalant, un bourdonnement annonçant l’heure des médicaments. Un infirmier donna quelque chose à ma Doc. Ils discutèrent aussi, je suppose. Je n’écoutais pas. J’attendais mon remède spécial. Un verre de polystyrène apparu devant moi, emmené par une main ganté. Contrairement au précédent infirmier, le mien n’adressa pas la parole à son patient. Ça m’arrangeait bien, je n’avais pas envie de me taper la discut’ avec un employé du Doc. Il me tendit, une à une, des petites pilules de couleurs et formes variées. Je les avalai en suivant le rythme, lui m’empoignant la mâchoire entre chaque gorgée d’eau pour être sûr que je les prenais bien. Parce que, bien sûr, rien de ce que ne me donnait le Doc ne faisait disparaître Gehängt.

Antipsychotiques diverses. Bleus, blancs, roses, rouges, oranges, jaunes, verts, brunâtres, beiges, la pharmacologie avait de quoi être fière de la couleur qu’elle avait mise dans ma vie. Sans résultats. Sans une once de changement. Et on continuait à croire que j’étais malade. J’avalai encore quelques lapées d’eau avant de répondre à la Doc, histoire de faire passer le goût âcre de tous ces comprimés. J’avais toujours l’impression qu’ils me restaient en travers de la gorge et fondaient là en me désintégrant, petit à petit, l’œsophage.

« J’ai besoin d’une contre-expertise. Je ne suis pas malade. »

L’usuel radotage des fous, mais dans mon cas c’était tout ce qu’il y a de plus vrai. On pouvait bien m’envoyer en prison pour le meurtre que j’avais commis, ça m’était égal, mais je voulais qu’on reconnaisse que je n’étais pas fou. Je levai la main pour la stopper avant qu’elle ne réponde.

« Je sais ce que vous allez dire. Je sais que c’est ce que tout le monde dit ici. Mais pour moi, c’est vrai. Les médicaments qu’on me donne ne change pas mon état et le Docteur Millet refuse de le constater. Personne n’oserait lui faire une contre-expertise, après qu’on m’ait catégorisé… Enfin bref, j’aimerais que vous me psychanalysiez. »

Un premier pas pour avoir mon passeport vers la liberté. Aucun docteur n’oserait s’opposer au constat du Doc. Mais c’était différent pour la femme devant moi : elle n’avait rien à perdre. Son diagnostic pouvait être écarté d’un geste de la main parce qu’elle était enfermée ici, avec moi. Tout ce dont j’avais besoin en fait, c’était de jeter le doute. Alors, quelqu’un, quelque part, se renseignerait, et un jour, je pourrais sortir d’ici.

« Et qu’est-ce qui arrive si le diagnostic est positif? »

Je tournai la tête vers Gehängt, ahuri de sa réplique. Quel génie quand même, oser me dire ça. Lui. À moi. Je lui fit un petit sourire insignifiant et il me répondit de même. Si le diagnostic ressortait positif, on recommencerait. Jusqu’à ce que quelqu’un trouve enfin la vérité.
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MessageSujet: Re: Thérapie de l'âme... [Abandonné]   Mar 26 Jan - 11:16

Elle regarda le patient avaler ses comprimés. Il parlait peu de toute façon, et elle devait admettre qu'elle ne lui laissait pas beaucoup de chance de s'exprimer. C'était qu'en même bizarre qu'elle parle tant depuis qu'elle était arrivée alors qu'avant, dehors quoi, elle écoutait surtout. Il n'y avait pas que l'étiquette sur son vêtement qui avait changé, tout semblait s'être inversé chez elle. Elle écouta sa requête, impressionnée par sa détermination. Il jeta un coup d'oeil au même vide que plus tôt, en face de lui et elle se dit qu'elle aimerait bien savoir qui il pouvait bien voir, ne serait-ce qu'en imagination. Mais évidemment, elle n'en pipa mot et tenta de ne pas regarder si souvent à la place présumée de son ami.
Elle l'écouta, réfléchissant à sa demande, ou plutôt au moyen de la réaliser. Elle avait bien compris que le but de Netzeband était avant tout de sortir du centre, qu'elle servirait de commencement pour atteindre son but. Elle doutait également que le Doc n'ait pas remarqué que son patient ne réagissait pas à ses traitements. Surtout lorsqu'on savait la teneur de celui-ci. C'était vraiment un cas particulier.

_ "Oui, je crois que je vois pourquoi il s'intéresse à vous ! Il a du nez, c'est certain ! De toute évidence, vous avez raison quand à votre traitement. Un véritable arc-en-ciel n'est-ce pas ? Quand au Docteur Millet, il est évident qu'il s'interroge sur votre cas. Pour l'instant, il n'a juste pas encore trouvé le moyen de vous prouver que vous étiez fou. Sans vouloir vous offensez.
Ou il l'a trouvé et va prendre un malin plaisir à l'appliquer très lentement pour voir combien de temps vous pourrez nier l'évidence.

Cependant, même ici, tous les patients ont droits à une contre-expertise. Sauf que d'habitude, ils choisissent un vrai médecin, pas un médecin-interné- dans- un- hôpital-psychiatrique ! Je peux vous en présentais un, si vous voulez ? Même si je doute que le Doc acceptera de le laisser venir, ou de vous parlez comme il le faudrait." s'excusa-t-elle presque.
"Vous n'êtes pas mon patient et le diagnostic qui pèse sur vous ne reste que celui du Doc. Vous êtes intelligent et de toute évidence vous avez déjà longuement réfléchi aux conséquences possibles que pourrait avoir cette contre-expertise.
Y compris que mon rapport pourrait simplement être passé au déchiqueteur sans même avoir été lu, mais en ayant fournis une excuse au Doc pour vous étiquetez comme dangereux et vous traitez comme... Alexis Cole, c'est bien lui ? Le bouc émissaire du Doc ?

Je sais aussi pourquoi c'est si important pour vous que je fasse cette contre-expertise, et plus encore qu'on en entende parler. Et peu vous importe si jamais cette contre-expertise se révèle positive, n'est-ce pas ? Ce sera simplement parce que je n'étais qu'une personne de plus à ne pas comprendre, à être trop bête ou l'esprit trop fermé ou cartésien pour comprendre ? Ou parce que je suis folle ? Le même argument qu'on emploiera sûrement contre moi si mon papier vous donne raison. Ah, mon Dieu ! Il a fallu que j'accepte d'être interner pour qu'on me demande de faire des contre-expertises ! Vous n'avez vraiment pas de chance décidément !

Espérer autre chose c'est de la folie, Monsieur Netzeband.

Mais, je veux bien essayer. Je ferais cette contre-expertise, de manière toute à fait professionnelle. Si vous jouez le jeu, évidemment. Ce ne serait pas juste qu'on vous la refuse. Je pourrais peut-être même l'envoyer ou mettre au courant quelqu'un (vous savez que tous les courriers sont relus et corrigés avant de parvenir à leurs destinataires ?). Mais je ne pourrais pas le cacher au Doc, ni obliger qui que se soit à le lire sérieusement. Je ferais ce qu'il faut en tant que médecin. Et parce que peu de patients pourraient rester sans effet avec tant de médicaments.

Seulement que ferez-vous, si cette contre-expertise est positive, et que dix, vingt, ou cent personnes viennent vous dire la même chose ?"


J'avais beaucoup parlé, j'en étais désolée parce que j'avais cru comprendre qu'il n'aimez pas beaucoup le bruit. Aussi, lui adressais-je un petit signe d'excuse quand j'eus fini ma longue tirade. Je ne m'attendais pas à ce qu'il réponde à ma question. je n'étais d'ailleurs pas certaine qu'il réponde réellement à toutes les questions nécessaires à une contre-expertise. Même s'il n'avait pas conscience d'être malade, il savait que certains comportements étaient considérés comme preuve de folie. Comme parler tout seul. Encore une fois, je me demandais ce que son esprit pouvait bien lui faire voir.
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MessageSujet: Re: Thérapie de l'âme... [Abandonné]   Mar 26 Jan - 23:52

Et on me reprochait de parler tout seul. Comme si personne d’autre ne le faisait. Non, je ne parlais pas tout seul, c’est bien ce qui les énervait. Parce qu’eux parlaient tous seuls, chacun attendant son tour pour placer un groupe de phrase que l’autre n’écoutait pas, lui aussi impatient de pouvoir faire écouler sa bile verbale dans les oreilles de son prochain…

J’avais besoin d’une cravate.

Les noms ressortaient encore de son discours. C’était ce qui était le plus facile à retenir. Moi, le Doc, elle, Cole… Je reposai ma tête dans ma main, écoutant à peine, comprenant plus ou moins qu’elle acceptait, lisant plus sur le visage de Gehängt ce qui m’intéressait qu’autre chose. Ce dernier hochait imperceptiblement la tête sous le babillage incessant de ma nouvelle Doc. Qui s’était tut. Je l’observai du coin de l’œil de manière à savoir si elle attendait une réponse de ma part. Le silence se fit long et j’en conclu que oui. Réfléchissons. Que ferez-vous, si cette contre-expertise est positive, et que dix, vingt, ou cent personnes viennent vous dire la même chose ? Un sourire goguenard illumina le visage boursouflé de mon voisin d’en face tandis que je toussai un peu pour me redonner contenance.

« Et qu’est-ce qui vous faire croire qu’il sera positif? Il ne le sera pas. »

Ou alors elle admettait elle-même qu’elle était cinglée, que tous étaient cinglés ici et que le Docteur Millet avait raison. Elle pouvait tout aussi bien le couronné Dieu et en finir là. Ou le confronter et me dire que j’étais libre. Et sain d’esprit. Aussi, il n’y aurait pas de seconde chance. Si elle ratait sa contre-expertise, ça serait presque mission impossible d’en faire faire une nouvelle. Si je voulais mettre le Doc dans la merde, je pouvais lui dire que ses médicaments ne me faisaient rien – ça ne faisait pas disparaître mes « hallucinations » pour autant et mes « psychoses » resteraient ancrées dans mon dossier.

Je vais vous mentir docteur.

« On peut faire ça rapidement? Par exemple, tout de suite? »

Je tournai ma chaise vers elle, façon « rencontre chez mon ami l’analyste mental ». Il manquait un divan. Un divan, un bloc-notes, des lunettes et des « humhm » de la part du Doc. Et une cravate.

« Hallucinations, délires, agissements bizarres, retrait social et alogie : comment tu comptes t’en sortir avec ça? »

D’un ton enjoué, comme adressé au Docteur Bobin, je répondis à Gehängt :

« Ich werde mein Bestes tun.* »

____________________________
* Je vais faire de mon mieux.
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MessageSujet: Re: Thérapie de l'âme... [Abandonné]   Mer 27 Jan - 7:38

En dehors du fait qu'il n'avait pas écouté un traître mot de ce que je lui avais dit, ce contentant d'observer son "ami", il changea immédiatement, prenant la pose du gentil patient en face de son gentil docteur qui allait pouvoir enfin le faire sortir d'ici s'il arrivait à répondre juste à ses questions.

_ "D'accord !" lâcha-t-elle, en parfaite synchronisation avec sa voix dans sa tête. Sa voix qui n'avait pas arrêté de lui souffler encore et encore ce qu'elle devrait dire, angoissée à l'idée de se retrouver à nouveau seule. Elle aurait pourtant du s'y faire depuis le temps qu'elle exerçait. La solitude d'un praticien psychanalyste avait toujours été immense, pour ceux qui ne tombaient pas dans la mégalomanie. parce qu'on avait beau faire, il y avait toujours transfert puisque le but était d'écouter ce que le patient dit pour l'aider à comprendre, à surmonter son épreuve.
Mais, il lui était évident que son avertissement n'avait servie à rien, puisqu'il ne jouerait pas le jeu. Il n'essaierait même pas d'être honnête, ce qu'il ne lui cachait pas. Sa motivation quand à sortir de ce centre était vraie, mais pas celle de faire une réelle contre-expertise.
Devant cette évidence, elle décida de tenter de suivre le conseil que lui donner sa tête.

_ "Inutile de prendre la pose comme un patient bien obligeant et assidu. ca ne vous va pas du tout : ça manque cruellement de conviction. Vous auriez du écouter ce que je vous disais : je ne fais pas de contre-expertise si vous n'êtes pas honnête, même si c'est le seul moyen de vous sortir d'ici. Personne d'autre ici ne pourrait faire opposition au Doc et vous le savez. Je n'ai rien à perdre, je suis ici volontairement (au cas où vous vous demandiez si j'étais folle...). Mais je n'irais pas m'attirer d'autres ennuis avec le Doc pour faire sortir quelqu'un qui ne fait pas d'effort." décida-t-elle, en rangeant feuilles et pastels.
Ben oui ! Même dans un hôpital psychiatrique en plein continent désertique, les gens se permettaient encore d'avoir des états d'âme. Un comble, n'est-ce pas ? C'était ça, lorsqu'on avait rien à perdre, ce qui n'était pas le cas de Netzeband.

" Bon, d'accord vous en avez fait, vous avez subi le flot de mes paroles !" lui accorda le médecin qui se tourna vers lui, ou plus exactement vers eux.
"Il est évident que vous vous fichez bien de cette contre-expertise tant qu'au final, on appose "sain d'esprit" sur votre dossier et je ne suis pas d'accord. Je ne vous ferme pas la porte au nez, mais j'ai horreur des tricheurs et je ne me comporterais pas comme le Doc. Alors, quand vous voudrez vraiment que je vous aide, revenez me voir. Je me fiche de ce qu'à inscrit le Doc sur votre dossier, même si je connais son contenu, et je ne prend pas pour argent comptant ce qu'on me dit.
Personnellement, je crois que vous auriez beaucoup de chose à nous apprendre. Pas seulement pour ce qui est de la performance des traitements. C'est dommage que vous ne preniez pas plus au sérieux les offres des gens."
termina-t-elle en se levant, encore dans l'impossibilité de quitter la table étant cernée par des patients.

Elle soupira, en essayant de passer mais les chaises refusaient toujours de bouger. Aussi, fut-elle contrainte et forcée, temporairement, de se tourner une nouvelle fois vers le patient.
Elle n'arrivait pas à partir.
Pas que son comportement ne l'avait pas énervée (elle n'appréciait pas spécialement qu'on la prenne pour un objet ou pour une bonne pâte), mais elle savait que n'importe où ailleurs ne pouvait être pire qu'ici, aux mains du Doc. Même pour un fou qui avait déjà tué suite à ses troubles mentaux. Elle pourrait l'envoyer n'importe où ailleurs si elle arrivait à être entendue, ce qu'elle espérait bel et bien (il était en train de lui faire réellement perdre la tête !). N'importe quel autre établissement psychiatrique serait mieux. Il en existait des biens, et là il pourrait trouver d'autres psychanalystes qui pourraient l'aider. Tout ça grâce à une simple contre-expertise.
Elle savait que c'était à la limite du légal que de faire une fausse contre-expertise. De désigner un patient comme sain alors qu'on avait bien compris qu'il était malade. Mais vu qu'elle était elle-même considérée comme malade...

Et puis, c'était un patient très intéressant. Pas facile, mais très intéressant ! Elle était piquée de curiosité, ce qui l'intriguait déjà en soi. Seulement, on en revenait toujours à la raison pour laquelle elle avait refusé : il ne jouerait pas le jeu.

[Mais oui, tu l'auras ta psychanalyse !... Faut que je vois si je peux pas en trouver une vraie ! *w*]
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MessageSujet: Re: Thérapie de l'âme... [Abandonné]   Mer 27 Jan - 10:50

Honnête. Elle déconnait ou quoi? Elle se leva, je fus tenté de la suivre. Mes poings se serrèrent. J’avais absorbé son discours comme une éponge et j’avais mal au cœur maintenant. Sa colère était palpable et sa voix montait dans des tons que je n’aimais pas. J’avais toujours haït qu’on me crie dessus. N’importe quoi, mais pas ça. Tout ce qu’elle avait dit, tout ce qui me coulait dessus comme de l’encre, tout son discours revenait au même : elle m’avait déjà catégorisé. Étiqueté. Rangé. Fini. J’attrapai délicatement son poignet, pas dans l’intention de lui faire peur ou mal, mais pour la retenir.

« Partez pas Doc… »

Je ne pouvais pas lui dire la vérité. D’ailleurs, qu’est-ce qu’elle voulait entendre? Je lui avais dit que je n’étais pas malade, et c’est ce que je croyais. Elle avait probablement lu mon dossier, du reste. Elle ne comprendrait pas, même si je lui expliquais. Personne ne pouvait comprendre. J’étais le seul à savoir, le seul à voir. Et ça faisait de moi un malade, un handicapé, un patient. Je fixais le bout de mes souliers, mal à l’aise. Malade. J’avais l’impression d’être seul dans la pièce. Il faisais froid. Gehängt était partit Dieu sait où. Les médocs. Ma main se resserra autours du bras de ma psychiatre. Ça ne faisait plus aucun sens. Je murmurai, sans savoir si elle pouvait m’entendre, sans même savoir si je parlais à voix haute, ou que ce fusse moi qui parlait :

« Et si je vous réponds la vérité, vous pouvez me donner une réponse aujourd’hui… »

J’ai mal au cœur. À la tête. J’ai la vue embrouillée, les tempes qui cognent au rythme de mon cœur, le rythme cardiaque affolé et les paumes moites. Ma bouche est sèche. Gehängt se balade dans le coin opposé de la salle, jetant un coup d’œil ici et là à ce que font les autres. Tous les effets secondaires et pas ceux escomptés. Ça serait partit d’ici une heure. Jusqu’à là, il me fallait braver la Doc et mes nouveaux symptômes sans aucune aide. Gehängt n’était plus que vaguement intéressé par mon sort, et s’il m’agitait parfois quelques indices qui me pendaient au bout du nez, il préférait partir de son côté la plupart du temps.

« Elle croit aux fantômes? »

Je sursautai faiblement, laissant mes doigts se relâcher du Doc, mon bras retombant sur la table dans un bruit mat. Il était derrière moi maintenant, je pouvais sentir l’aura de froid qu’il dégageait. C’était réellement de la curiosité de sa part, pas une question stupide pour me faire perdre les nerfs. Si je lui répondais, la Doc saurait pertinemment que quelque n’allait pas. Mais ça pouvait aussi la conforter sur ma bonne volonté. D’un autre côté, je pouvais toujours prétendre que mes visions se faisaient plus distantes, moins claires… Mais, encore là, elle pourrait le prendre à revers et affirmer que mon traitement fonctionnait bel et bien. Une vague de sympathie dut soudainement envahir l’inébranlable Gehängt car sa main serra mon épaule dans un geste affectueux. Il était désolé pour moi, désolé que je sois celui qui doive le voir et doive supporter cette vision aux yeux du monde entier. Il me semblait avoir eu plus de courage devant le barreau que dans cette salle blanchâtre d’un centre d’aliénés.

Je suis faible.

Ma langue racla contre mon palais comme du papier sablé. J’avais l’impression que les secondes s’éternisaient et je n’arrivais pas à prendre une décision. J’aurais voulu parler à Gehängt mais c’était hors de question pour le moment. Pouvais-je faire confiance à un psychiatre interné? Psychiatre qui avait des liens avec le Doc Millet, qui plus est. Et qui avait probablement une raison d’être interné. Les réponses à tout cela, je les connaissais déjà. On imaginait facilement l’histoire du Dr. Luna Bobin. Comme celle de tous les pensionnaires du CSHÉMA. Je me suis trouvé sur le chemin du Dr Clarence Millet. Ou alors, le Millet vous avait mis dans son chemin.

Mes yeux se posèrent sur le dessin qu’on m’avait offert plus tôt. J’avais toujours la vue brouillée mais, étrangement, je distinguais mieux les formes. C’était vraiment joli. Une larme roula sur ma joue et la poigne sur mon épaule se raffermit. Ma voix s’étrangla.

« Ich brauche eine Krawatte.*»

J’ai froid.

Un arc-en-ciel de maladies que j’avalais chaque jour. Pour l'instant, il n'a juste pas encore trouvé le moyen de vous prouver que vous étiez fou. Oh, vous le sous-estimez madame… Il a trouvé…

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MessageSujet: Re: Thérapie de l'âme... [Abandonné]   Mer 27 Jan - 13:06

Luna ne se dégagea pas quand il lui saisit le poignet. Cette fausse discussion qu'ils avaient eu jusque là lui semblait maintenant à des années lumières de cette salle blanche. En réalité, même la salle, le centre, le Doc semblait s'être évaporé. Ils avaient perdu leur importance. Même dans ces vêtements, elle restait psychiatre et c'était quelque chose que le Doc ne pouvait pas lui enlever. Tout comme ses traitements ne pouvaient pas faire disparaître les névroses de son autre patient.

"Vous n'aurez pas à attendre." murmura-t-elle.

Son bras était retombé, lâche, comme si son propriétaire abandonnait, décrochait à force de peine. Elle parlait sans cesse de peur de se montrer telle qu'elle était, se cachant derrière un essaim bruyant de mots, mué par la peur de la solitude... Et pourtant, la solitude était quelque chose d'universelle. Tout le monde connaissait la solitude, déjà dès la naissance. Parfois même avant. Mais certains connaissaient la solitude plus que d'autres. Lui, par exemple. Certes, il aimait le silence, et il n'était pas vraiment seul puisqu'il avait son "ami", son partenaire d'échec. Seulement, que sa maladie soit vrai ou non, qu'il voit réellement quelqu'un ou non, pour lui tout ça était on ne peut plus réel. Pour lui, c'était la réalité ! Il voit quelqu'un que personne d'autre ne peut voir.

Lorsque le médecin, ou le psy, est tenu au secret, qu'il sait des choses qu'il ne doit révéler sous aucun prétexte, il peut parfois avoir droit à une échappatoire : parler à un confrère, lui demander conseil. Sans avoir peur d'être prit pour un fou. Mais lui, il n'avait personne à qui il pouvait parler de ce qu'il voyait sans être désigné comme malade et enfermé ici.
Elle ne savait pas pourquoi le souvenir de mon cabinet lui revenait maintenant. Peut-être parce que c'était l'endroit qui avait occupé la majeure partie de son existence, après l'hôpital. Elle était presque sure qu'il ne resterait pas longtemps à vendre, ni longtemps occupé. Un endroit comme ça devait s'être imprégné de toutes les vies et les souffrances qui s'étaient égarées dans cette pièce. Le parquet, les murs, les meubles, peut-être même l'air ambiant qui sait ? Comme une éponge. Comme elle.

Il sembla allé de plus en plus mal, sûrement les effets secondaires des médicaments. Il avait l'air si perdu, son ami l'aurait-il laissé maintenant ? Elle ne supportait pas de le voir dans cet état. N'importe qui d'ailleurs. Ce n'était pas de la pitié, mais de la peine tout de même qui lui serrait le coeur. Elle ne savait pas ce qu'il vivait, ce qu'il éprouvait. Elle ne pouvait qu'imaginer et essayer de comprendre et de l'aider, de dépasser cette cécité. Elle sentait ses yeux s'humecter, se dilater comme avant de pleurer mais elle ne laissa aucune chance aux larmes de monter. Voilà pourquoi elle était là : trop facilement bouleversée, liée émotionnellement. La pire des erreurs, la plus difficile à éviter aussi.
Il pleurait maintenant. Et elle ne put (c'était idiot, elle le savait !), elle ne put retenir un sourire lorsqu'il demanda une cravate, se contentant de le faire asseoir et de revenir elle-même à sa place.

_ "Je ne crois pas que ce soit autorisé ici !" répondit-elle, sans être certaine qu'il s'adressait vraiment à elle. Une cravate, ce n'est pas quelque chose qu'on demande à un docteur dans un hôpital psychiatrique. Peut-être une façon d'appeler son ami à l'aide. Il ne laissait pas paraître qu'il se manifestait. Ou se retenait-il simplement parce qu'il savait qu'on ne pouvait faire confiance à personne ici, surtout à un ex-Doc français, ayant un quelconque lien avec le Docteur Millet.

_ "Je suis désolée. Je ne voulais pas crier, je vous demande pardon. Ca vous arrive souvent ce genre de malaise ?" parvint-elle a articuler. Elle s'inquiétait. Elle avait toujours veiller à l'état physique et psychologique de ses patients. Mais autre Doc, autre politique.
"Je suis vraiment désolée. Je..."
Elle ne savait pas trop par quoi commencer, comment le sortir de son désarroi. Alors comme d'habitude, elle se remit à parler. elle avait l'impression d'avoir été prise en flagrant délit. D'être coupable de quelque chose. Coupable d'abandon, de traîtrise.

"Calmez-vous ! Ca va passer. Vous voulez quelque chose ? Est-ce qu'on vous donne quelque chose quand vous souffrez comme ça ? Je veux dire, en dehors de médicaments ? "
Lorsqu'elle se tourna à nouveau vers lui, elle ravala ses mots, et le laissa se remettre en silence, évitant de trop le fixer. Au fil du temps, elle ne pensait plus au centre.
Toujours sans le regarder, un peu plus nerveuse qu'elle aurait sans doute du, elle murmura à nouveau :

"Ecoutez... Vous ne me connaissez pas et donc je comprend que vous ne me fassiez pas confiance. Mais moi non plus je ne vous connais pas.
C'est vrai, j'ai lu votre dossier lorsque le Doc a proposé votre internement. Et puis j'ai entendu parlé de vous ici. Et même avant ça j'ai lu la retranscription de votre jugement, je ne vous le cache pas. Mais, si je fais cette psychanalyse, c'est ce que, vous, vous avez à dire qui m'intéresse. Je veux vous entendre, vous, vous comprenez ? Et quoi que vous me disiez ça ne restera toujours qu'entre nous. Je peux tout entendre, croyez moi !

Je sais que c'est extrêmement dur d'être ici. Que tout est fait pour vous perturber, vous faire douter. C'est normal, c'est le rôle d'un centre. C'est dans l'espoir que la confrontation du patient avec son état réel le fasse prendre conscience qu'il est effectivement malade et que ce n'est pas simplement le reste du monde qui n'est pas capable de comprendre, vous voyez ? Je sais aussi que, pour certains patients qui sont ici, ça peut être plus dangereux de rester dans ce centre que d'être envoyé n'importe où ailleurs. Je ne connais pas assez bien les méthodes du Doc, mais je sais qu'il ne cherche pas toujours que le bien de ses patients. Que ses buts peuvent parfois dévier de la motivation de le guérir.

Parfois, c'est une raison qui pourrait me suffire pour m'opposer au diagnostic du docteur Millet. Seulement, moi, je dois savoir à qui j'ai à faire avant de me porter garante pour cette personne. Alors, je dois connaître la vérité. Celle du Doc, je la connais déjà. J'ai entendu des tas de voix, d'avis vous concernant. Mais, je veux entendre la votre. S'il vous plaît ! Il faut me parler !"


Décidément, elle parlait de plus en plus. Mais, elle faisait attention à ne pas tout déblatérer d'un bloc. Il fallait qu'elle apprenne à se mesurer, à se contenir. Elle regrettait vraiment de s'être emportée. Elle voulait qu'il comprenne qu'elle n'était pas là pour lui nuire, quoi qu'il lui dise et quelle que soit les conclusions qu'elle puisse en tirer.
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Volker Netzeband
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MessageSujet: Re: Thérapie de l'âme... [Abandonné]   Lun 1 Fév - 4:37

Rien à faire. Attendre. Dans une heure ça passerait. Ils augmentaient les doses, bien sûr. D’un coup sec, sans prévenir. Ça me prenait à la gorge. Et c’était sensé me guérir. Je ne suis pas malade. Je ne l’avais jamais été. Je n’étais pas fou non plus. Moins que le Doc, ça s’était sûr. Mes yeux voyaient différemment. Mon cerveau pensait de manière non usuelle. Mais pas schizophrénique. Pas la pire des maladies mentales. Je n’hallucinais pas. Je ne rêvais pas. Je ne suis pas malade. Mes yeux étaient secs à présent.

Parler. C’était ce qu’on faisait de plus concret dans ce centre. Se faire parler, devoir parler, arrêter de parler. Tout seul. Posez-moi vos questions Doc, je vous écoute. Je vais vous répondre. Mais vous ne me croirez pas. Vous ne comprendrez pas. Mes lèvres s’étirèrent comme dans un sourire. Je voyais double. Les ongles de Gehängt s’enfonçaient dans ma chair comme des serres. Quelqu’un riait, derrière, quelque part. Ma propre main serrait la table de la même façon que le pendu serrait mon épaule meurtrie.

Vous entendez des voix, voyez des choses étranges ou bizarres? Avez-vous des pensées parasites? J’ai besoin d’une cravate. Des idées fixes? Avez-vous l’impression de réagir de la mauvaise façon aux situations que vous confrontez? Je fais que jouer aux échecs docteur. Avez-vous des amis? Des relations sociales? Est-ce difficile pour vous d’établir des contacts avec les gens? Reconnaissez-vous avoir une obsession pour la mort? Avez-vous déjà songé à vous suicider? J’ai pas peur de la mort. Vos visions sont-elles répétitives? Aléatoires? Croyez-vous avoir des dons particuliers? J’ai mal à la tête.

« Ouais Doc, faisons ça… Vous posez les questions et je parle. »

Je relâchais le meuble, me redressant droit sur ma chaise, obligeant mon fantôme à pivoter à ma droite. Il me lâcha par la même occasion, s’accotant d’un air nonchalant contre la table, les bras croisés, son nœud coulant glissant autour d’une de ses épaules, laissant apparaître un collier de chair mutilée à la base de son cou. Je me demandais s’il aurait fallu que je parle moi-même à la doc. Ça pouvait être dangereux à faire. Et elle devait avoir un formulaire à suivre – ils ont toujours des tonnes de papier lorsqu’ils m’interrogent – ou quelque chose du genre. Dessiner tout ce qui me passe par la tête, décrire des taches d’encres qui ressemblent toutes à des papillons, discuter de son enfance, de sa relation avec sa mère, son père, soi-même… Réagir à des situations fictives, réelles, des textes, des cas célèbres, de la musique, des animaux, des formes et des couleurs, des odeurs, des mots… Une machine pour mesurer votre activité cérébrale, une autre pour votre rythme cardiaque, vos mouvements oculaires, votre composition chimique…

Un frisson d’excitation monta le long de ma colonne vertébrale comme une griffure brûlante. Quelqu’un nous observait. Quelqu’un riait. Gehängt riait. Ou alors, c’était moi?
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Luna Bobin
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MessageSujet: Re: Thérapie de l'âme... [Abandonné]   Ven 5 Mar - 15:07

[Finalement, ce ne sera pas de véritables questions de psychiatrie. J'espère que ça ne te décevra pas, étant donné que tu en as déjà lu des vrais]

_ "Je ne peux sûrement qu'imaginer et supposer ce qui se passe dans la tête de mes patients, ce qu'ils vivent, mais je sais ce que c'est de savoir des choses dont on ne peut pas parler, de peur de ne pas être cru. Je voulais que vous le sachiez. Bien ! On va commencer alors ! Ca risque d'être un peu ennuyant pour vous, vous avez du entendre ces questions un tas de fois déjà..."
*C'est toi qui l'ennui !*
*NON !* C'est pas vrai ! Est-ce que je n'allais jamais réussir à faire taire cette voix ! Etre comme tout le monde et penser en silence...
*... avoir mes propres pensées !*

C'est une sensation étrange de se fâcher contre soi-même, de s'entendre se faire des reproches à voix hautes mais sans pourtant prononcer un mot. Une impression qui vous glace le sang et vous fige soudainement. L'impression d'être folle !
Luna sentit les battements de son coeur s'accélérer et la douleur dans son pieds monter le long de sa jambe.

*Pitié ! Qu'il ne s'en aperçoive pas ! Shuut !* supplia sa voix dans sa propre boîte crânienne.
*Mais non ! Tais-toi !* s'entendit-elle penser. Pourquoi ne pouvait-elle pas simplement ne plus rien entendre ?
Evidemment, elle avait appris à ne rien laisser filtrer, à ne rien laisser paraître. S'entendre dire ce qu'elle pensait lui arrivait toute la journée. Seulement, dans cette situation s'était un étonnant. En consultation ça ne lui était jamais arrivé car, en tant que psychiatre, elle savait ce qu'elle faisait et elle était concentrée sur le patient. Lui seul comptait. Lui seul était à écouté. Il fallait laisser ses propres problèmes au vestiaire, elle se tiendrait à cette règle. Même dans le centre.
_ "Alors, votre nom, prénom, date de naissance, lieu et les noms et prénoms et âges de vos parents et de vos frères et soeur si vous en avez ?"

*Je sais, je sais déjà tout ça et ça m'ennuie autant que vous de vous le redemander. Mais je dois qu'en même le demander, c'est comme ça.*
*Il te méprise.*
*Tais toi ! D'accord, j'ai un problème, mais ce n'est pas le moment de l'étaler. Il a plus besoin de mon aide que moi j'ai besoin d'aide. Peut-être ai-je sous-estimé mon sentiment de solitude et mon besoin de parler à quelqu'un et d'être aidée mais il faut le mettre de côté pour l'instant. Je réglerais mes problèmes plus tard, comme à chaque fois, ce n'est pas le moment de changer cette habitude... même si c'est elle qui m'a conduite ici. Je veux qu'il me parle. Je dois l'aider !*
essayait de se convaincre Luna tandis que sa jambe battait comme d'habitude lorsque son cerveau partait trop loin...
*...ou que je m'ennuies.*

Elle n'avait décidément pas assez de place dans son esprit pour toutes ses voix qui venaient la parasiter. Autrefois, elles l'accompagnaient, elles la sauvaient du silence comme un compagnon, un ami fidèle, comme d'autres ont un chien. mais aujourd'hui elles ne la quittaient plus. Jamais. Luna ne souhaitait plus que ça, le calme, la tranquillité, reprendre la maîtrise de son cerveau.

*Tu parles d'un médecin, c'est toi qui t'accroche à lui ! Toi qui as besoin de lui ! Tout ça parce que tu as peur d'être toute seule ! Tu es pathétique !*

Luna avait de plus en plus de mal à respirer et le froid lui courait l'échine, lui glaçait les mains et lui brûlait les pieds. Elle avait la gorge sèche et elle cavait peur de finir par se répondre à elle-même à haute voix. Elle avait mal à la tête, ferma les yeux un moment pour oublier le poids de son crâne sur sa nuque et la barre de fer qui lui barrait la tête douloureusement.

*Allez, reprends toi !* s'ordonna-t-elle en rouvrant les yeux. Heureusement que personne ne remarquait jamais lorsqu'elle n'allait pas si bien. Toute fois, elle adressa un sourire à Netzeband pour le rassurer au cas où il aurait tout de même remarquer quelque chose. Pas un sourire déplacé, mais un sourire engageant, assuré. Jusqu'à aujourd'hui, Luna avait toujours sû comment faire avec ses patients, une professionnelle parfaite. Et bien que le fait qu'elle se retrouve ici révélait une faille dans le système, elle avait très envie de l'écouter. Elle avait une motivation pour se battre et faire taire ses voix : elle avait quelqu'un a aidé. Ca avait toujours plus compté que d'être aidée elle. Et aujourd'hui, ça n'avait pas changé : un vrai saint-maritin !

"Avez-vous remarqué un changement de comportement chez vous par rapport aux autres avant d'être interné ? Ou quelqu'un vous l'a-t-il déjà fait remarqué ? Si oui, quand et qui ? Qu'avait noté cette personne ? Avez-vous des amis ? Des confidents ? Avez-vous une personne proche de vous ? Quel est votre comportement envers et avec les autres ?" questionna-t-elle.

[color=darkblue]*Ca ne sert à rien de faire semblant ! Tu sais bien qu'il t'a bouffé de toute façon ! Qu'à cause de lui tu seras toujours cassée et anormale !*[/color] gémit sa propre voix dans sa tête.
Sa voix qui avait amené du renfort : ses propres souvenirs. Elle entendait dans sa tête les souvenirs auditifs de toutes les fois où elle était passée sous ses mains, devinant les images. Elle avait l'impression de se retrouver en consultation chez son psy, l'obligeant à se souvenir. Sauf que ce n'était pas le moment ! Maintenant, il ne s'agissait pas d'elle ! Il fallait qu'elle l'écoute LUI, son patient dans le présent ! Elle devait s'en occuper !

*Pourquoi tu ne lui dis pas que tu as envie de le croire ?*
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