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 Joyeux anniversaire

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Aleksis Cole
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MessageSujet: Joyeux anniversaire   Dim 7 Mar - 3:08

“Happy birthday to you,

Happy birthday to you,

Happy birthday,

Happy birthday,

Happy birthday to you”

Mon père avançait vers moi le gâteau sur le plat de ses mains. Il y avait trois bougies. A la table, il y avait frère et moi. Mère n’y était pas. Elle se sentait peut-être trop faible pour descendre les 32 marches séparant sa chambre de la salle à manger. Je ne m’en rappelle plus et il n’était mention de son cas dans la vidéo. C’était l’un des films les plus importants que j’avais. Ce même jour, père m’offrit la miniature de son voilier. Chaque année, je la regardais. Chaque année, à la même date, je pleurais pour l’avoir regardée. Seulement, les prochaines années seraient différentes. Je ne pourrais la regarder.

A mon arrivée au CSHEMA, je l’avais dans la poche intérieure de mon veston ne sachant pas que l’on me retirerait tous mes effets personnels. A mon plus grand désarroi, je vis s’éloigner mes vêtements, ainsi que le DVD, disparaître dans une boîte portant mon nom.

Ce la faisait huit ans. Huit années que je ne pouvais le voir qu’en image. Huit ans que père était mort.

J’étais alors assis dans l’un des sofas de la salle commune. Contrairement à l’habitude, il y avait plus de monde. Depuis, deux heures je revoyais des souvenirs flous. Rien de net, mais je désirais la revoir une huitième fois. Attendre sa voix. Voir son sourire. Me voir sourire.

Les télévisions eurent une ratée avant de ce couvrir de noir. On entendait des patients maugréer dû au fait que l’on leur avait coupé leur émission. Puis des lettres s’affichèrent.

« Joyeuse Anniversaire Cole. CM »

Je ne pu que me rapprocher de l’écran du téléviseur ne pouvant croire la scène qu’il y jouait. C’était moi, petit, orné d’un chapeau de fête regardant père me chanté « Happy birthday ». L’image se gela sur un gros plan de mon père. Il semblait jeune, vif, arrogant, mais heureux. Il semblait… vivant.

Je laisser couler les larmes ne cherchant pas à les cacher. Je m’assis sur le sol et collai mon front contre l’écran chaud.

A nouveau, des mots s’affichèrent.

« A la mémoire de Benjamin Cole, 1857-2006»

A ce moment je m’effondrai. Je ne versais plus quelques larmes, je pleurais littéralement. Je sentis une main s’appuyée sur mon épaule m’incitant à retrouver le sofa.

Je ni survivrai pas.

Enfin, je pleurai au creux du cou de mon voisin.


Dernière édition par Aleksis Cole le Ven 19 Mar - 14:31, édité 1 fois
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Luna Bobin
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MessageSujet: Re: Joyeux anniversaire   Sam 13 Mar - 8:15

On était venu la tirer de sa chambre.
Il n'avait pas semblait au jeune médecin que l'interphone ait hurlé son nom comme cela se faisait chaque fois que l'on était convoqué en thérapie. Les patients qui n'étaient pas encore trop apathiques pouvaient alors déverser leur bile sur le pauvre condamné, s'efforçant à démontrer que, contrairement à cette pauvre brebis galeuse que l'on emmenait au lion, ils n'étaient pas fous et n'avaient rien à faire ici, ou tremblaient-ils à l'idée que la thérapie se finisse bien vite et que leurs noms soient à leur tourd crachait par le haut-parleur. Mais, il fallait avouer que Luna ne faisait plus grand cas de ce qu'hurlaient les entonnoirs métalliques au plafond : si c'était votre tourd vous aviez de toute façon tôt fait de voir apparaître un gorille en blouse blanche, ou deux.
Luna suivit donc le-dit gorille dans les couloirs blancs - puisque dans ce centre tout était blanc - jusqu'à ce dernier l'empoigne par le bras alors qu'elle s'engageait dans un tournant pour la faire revenir sur ses pas. La patiente jeta un coup d'oeil au couloir dans lequel elle allait tourner. C'était pourtant bien celui à emprunter s'il on voulait se rendre au bureau du Doc. Même s'il était probable que de la même façon que tous le chemins menaient à Rome, tous les couloirs du centre devaient mener à ce cher psychiatre.

Elle suivit donc l'infirmier sans poser de question lorsqu'elle reconnut le chemin qu'ils suivaient comme menant à la salle commune. Le Doc avait-il rassemblé tous ses agneaux dans la salle afin de compter les rangs tout comme étaient comptabilisés les prisonniers des camps de concentration (bien que dans ce cas, les morts de la journée étaient ramenés aussi alors qu'ici, ils se retrouvaient très certainement oubliés, abandonnés, au milieu du continent glacé) ?
Lorsqu'elle entra dans la salle, les patients qui ne dormaient pas, assommés par les médicaments, geignaient, s'énervaient en tout sens ou pleuraient en bredouillant des plaintes larmoyantes et les infirmiers s'en trouvaient un peu dépassés.
_"Mais qu'est-ce qui se passe ici ?"
La question du psychiatre trouva vite une réponse lorsque ses yeux tombèrent sur l'écran de télévision. Ainsi c'était lui le fauteur de trouble, lui qui, ordinairement, servait surtout à tuer l'ennui ou comme baby-sitter et somnifère. Mais de toute évidence, le film qui passait à la télévision n'était pas une simple émission télé ou les feux de l'amour, ni même un documentaire de trois heure un quart sur les vers.

Luna n'en crut pas ses yeux : il s'agissait bien d'un film de famille fait à l'occasion d'un anniversaire. L'image et le son laissait voir qu'elle n'était pas très récente. Et, de toute façon, même ici, si l'un des patients avaient reçu ce film par sa famille, on l'aurait laissé le voir seul (ou avec le Doc peut-être) mais pas en public, au prix d'énerver les autres patients à qui ont retiré leur émission.

L'un des patient se tenait plus proche de l'écran et il était d'ailleurs le seul réellement concentré sur le film. Lui était-il dédié ?
Elle s'approcha pour mieux le voir et le reconnu. Il s'agissait d'Alexsis Cole, kleptomane et surtout bouc émissaire du Doc, la gazelle préférée de notre seigneur Lion.
Etait-ce lui, le petit garçon sur la vidéo ?
Sans le savoir il lui fournit la réponse en s'appuyant sur l'écran lorsque l'image se figea sur le visage souriant et heureux d'un homme, probablement son père, décédé il y a plusieurs années.

« A la mémoire de Benjamin Cole, 1857-2008 »

Un infirmier ramena le jeune homme en pleur sur le canapé, mais il ne sembla même pas le remarquer, vidé de toute force et secoué de sanglot.

Le poste de télévision fut rendu aux patients qui s'étaient déjà calmés et s'en étaient détournés comme si de rien était. Certains s'y réintéressèrent, d'autres pas, trop apthiques ou sans envie particulière, ne faisant que traîner dans la salle comme de vieux lambeaux d'êtres humains, réduits à l'état de légumes. L'important était de tuer le temps.
Ne restait donc que le jeune homme, laissé brisé au milieu d'un canapé. Le Doc allait finir par le tuer. Puis d'autres encore. Elle repensa un moment à la lettre et la contre-expertise qu'elle avait soigneusement cachées en plusieurs exemplaires pour Netzeband, pour bientôt les envoyer. En espérant que ça serve à quelque chose.

En attendant, la vision de ce jeune homme décoiffé, au visage caché dans une épaule amorphe, secoué de sanglots sans retenu, et imaginer ce qu'avait pu lui faire subir le Doc, fendit le coeur de la jeune psychiatre. Clarence Millet était aussi bouffi d'orgueil qu'il était sadique. Ce n'était pas un médecin mais un bourreau. C'était inhumain ! Même la mort était préférable, cent fois même, aux griffes de ce monstre.

La jeune femme se fit une place près du jeune homme, saisissant au passage un ou deux mouchoir et demandant un verre d'eau à l'infirmier qui l'avait amenée afin qu'elle aide à calmer les patients. Sur le chemin, elle fit s'asseoir une femme qu'il fallu rassurer pendant dix bonnes minutes pendant qu'elle répétait qu'on lui voulait du mal, qu'on l'espionnait et la pourchassait. Le médecin ne put s'empêcher de penser qu'elle n'avait pas tout à fait tord. Après avoir réussit à lui rappeler qu'elle n'était pas en Bosnie, que ce n'était pas elle mais sa défunte grand-mère qui y avait vécu et qu'elle était à l'abri des soldats, des milices, des villageois avec leurs fusils et leurs chiens et des bombes, calmer un fou des ovnis et ramener un poussin dans les bras d'un infirmier, elle put enfin s'asseoir à côté du patient.
Elle craignait d'agir de façon trop familière, tenta de lui proposer son mouchoir mais il n'entendit pas. Aussi, osa-t-elle passer un bras autour de son dos et murmura :
_"Shut ! Shut, ça va aller ! Vous vous en sortirez !"
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Aleksis Cole
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MessageSujet: Re: Joyeux anniversaire   Dim 4 Avr - 23:40

La voix était douce, sans agressivité. Une voix féminine, maternelle. Je me repris quelque peu afin de pouvoir regarder celle qui venait de prendre la parole.

Comme tout patient, je l’avais croisée au par avant sans lui avoir parlée. Contrairement aux autres patients il n’y avait pas encore cette démence dans les yeux dû aux rencontres avec le Doc. Soit elle était nouvelle, soit elle était gentille avec lui et collaborait. Dans un des deux cas, j’étais prêt à parier que son humanité disparaîtrait dans les mois suivant.

Je replaçai ma chevelure qui avait à nouveau une longueur normale. Mon apparence était redevenue saine au regard. Pas d’ecchymoses, de blessures ou de coupures dans les régions visibles. La proie sera plus juteuse à la prochaine attaque physique du lion.

Rien ne va bien aller, dis-je toujours secoué par les sanglots. Chaque matin, je me lève espérant au pire. Regardez autour de vous. Avec qui pourriez-vous avoir une conversation qui est un sens? Ils sont tous terrifiés et s’enfoncent encore plus dans leur maladie. Le Doc obtient la soumission par la peur et la tristesse. Il choisit bien ses armes.

Je repliai mes jambes jusqu’à ce que mes genoux touchent mon torse les enrobant de mes bras. J’eus un sourire mélancolique.

Aujourd’hui il m’aura fait plus mal que jamais.

Mon cœur se serra un peu plus. Les larmes continuaient à couler le long de mes joues.

La vie n’est que souffrance. Ici, c’est plus vrai que jamais. Pointez-moi une personne qui mérite tout ce supplice, seulement une, qui dû à son tourment devrait vivre dans cette endroit. Si Père…

Je m’arrêtai un instant. Père était mort. Depuis 8 ans.

Si Père était vivant, jamais je n’aurait vécu ce calvaire. Il m’aurait protégé. Il n’aurait pas signé ce papier qui… il n’aurait pas accepté que le Doc...

Je ne pouvais rien dire. Je me sentais revenir en enfance lorsque l’on disait que son père était le plus fort. Croire que Père était invincible. Qu’il serait toujours là pour combattre les méchants.


Je veux mon papa.

C’était la première fois que je nommais Benjamin Cole ainsi.
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Luna Bobin
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MessageSujet: Re: Joyeux anniversaire   Dim 16 Mai - 7:41

La tristesse est un drôle de sentiment. Elle ballottait le coeur de la jeune femme, le serrant, tandis que les paroles du jeune patient prenaient leur sens dans son cerveau. Beaucoup auraient été touchés, notamment lorsqu'on est aussi romantique et sensible que la jeune patiente. Ses yeux s'humectèrent, sa gorge se serra sous l'émotion, le désarroi et la peine si sincère et profonde du jeune homme recroquevillé à ses côtés.
_ "Je sais." murmura-t-elle. "Je sais..."
Elle inspira profondément avant de se tourner un peu plus vers lui. "Mais vous n'êtes pas tout seul.
D'autres sont, eux aussi, encore là à se battre. Tout le monde ne vous a pas oublié et abandonné. Il y a encore des gens qui vous entendent et qui veulent vous protéger. Je sais que c'est dur à croire et vous ne les voyez pas, sûrement, mais je vous promets que vous n'êtes pas tout seul. Votre père ne voudrait pas vous voir abandonner, j'en suis sûre. Et je crois que personne ne pourra vous l'enlever. Il vous manque et c'est normal, c'est bien la preuve que vous n'êtes pas fou.
Votre père vous aime, et même s'il ne peut plus veiller sur vous comme il l'a fait de son vivant, je crois qu'il continue toujours à vous accompagner. Souvenez-vous de lui, de chaque instant que la vie vous aura offert avec lui ! Je crois que rendre son père fier de soi est plutôt une bonne raison de continuer à survivre, pour ensuite pouvoir vivre, non ?"
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Aleksis Cole
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MessageSujet: Re: Joyeux anniversaire   Dim 7 Nov - 19:04

La présence restait à mon côté. Elle n’avait pas disparue. Elle me parlait. Après un délai, le sens des mots créèrent une brèche en moi. Chacun menait un combat. Le mien était cependant plus dur que les autres. C’est ce que je croyais.

Je sentis la femme tressaillir à un moment. Mon discourt l’avait atteinte et maintenant le sien me redonnait la force qu’il me fallait pour arrêter les tremblements qui me secouaient. Père n’aurait pas voulu que je pleure. Il aurait voulu que je me relève de cette chute et que je sois plus fort que l’instant d’avant.

Merci.

J’essuyai les dernières larmes sur mes joues. Mon regard croisa deux pupilles maronnes. Comme ceux de…

C’est vrai, je ne dois pas baisser les bras, mais c’est si dur. Vous savez, lorsqu’on se retrouve seul face à lui, dans son bureau aux mille reflets, le monde extérieur n’existe plus. C’est un contre un.

*Je suis déçu de votre comportement…*

Puis la fatalité tombait sur vous.

Il vous fait sentir petit, insignifiant, tel un lombric. Alors nous envahi le désespoir. Vous savez pertinemment que votre sortie dépend de son bon vouloir.

*Vous êtes dangereux…*

Dites moi, qui sortira un jour d’ici ? Nous sommes en quelque sorte les poupées du Doc. Il joue avec nous tel un chat jouerait avec une pelote de laine. Et une fois sortie… qui osera parler ? Qui croira cette personne. Elle aura été étiquetée folle à son entrée, elle la gardera à sa sortie.

Je savais que jamais je n’en parlerais. Et Il le savait aussi.

Le seul moyen d’être libre serait qu’il meure.

Finalement, j’avais dit à quelqu’un ce que je pensais depuis trop longtemps.


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Luna Bobin
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MessageSujet: Re: Joyeux anniversaire   Lun 8 Nov - 16:00

"Le seul moyen d'être libre serait qu'il meurt"
"Le seul moyen d'être libre serait qu'il meurt"
"Le seul moyen d'être libre serait qu'il meurt"
"Le seul moyen d'être libre serait qu'il meurt"

...

Cette phrase, cet aveu, résonna dans sa tête un millier de fois, comme réfléchie par les miroirs du bureau du Doc.
Luna avait conscience de toute l'exactitude des paroles d'Aleksis Cole. Elle savait, c'était pour ça qu'elle était là, qu'elle bataillait pour maintenir le pont fragil qu'elle entretenait encore avec le monde extérieur, à l'abri de Clarence Millet. Pour suffisamment longtemps, espérait-elle encore. Clarence Millet l'inscrirait sans doute dans son dossier comme seule preuve nécessaire à sa folie : elle avait cru pouvoir le tromper, lui cacher des choses. Elle avait tenté de lui faire perdre le contrôle quasi-total qu'il maintenait sur ses patients. Sur le centre tout entier. Elle avait défier le Lion.
Cole ne croyait pas à son espoir. Quoi de plus normal quand on est enfermé avec le Doc ? Luna frissona lorsque le jeune homme évoqua les séances de "thérapie" avec lui. Elle ne pouvait peut-être même pas imaginer l'horreur que ça devait être pour le jeune patient, sourie privilégiée de leur tortionnaire. Le Lion adorait jouer avec la nourriture.
A cette pensée, la jeune femme eut envie de vomir.

Mais lorsque Cole prononça ses derniers mots, Luna plongea littéralement dans le noir :
"Le seul moyen moyen d'être libre serait qu'il meurt"
Elle entendit presque le bruit dans sa tête lorsque son cœur eu un sursaut. Un bruit de miroir brisé. Une douleur cruelle s'insinua dans sa poitrine sous la forme d'un fauve sombre en train de tailler une plaie béante dans sa cage thoracique avec ses griffes. La jeune femme aurait voulu détournait la tête, sentant les larmes venir, mais elle ne pouvait se détacher du jeune homme. Black out. Quelqu'un venait d'appuyer brutalement sur "stop", coupant brusquement le film.
Glacée, vide, elle serra ses bras autour d'elle à la recherche d'une protection.
*Tuer Clarence Millet ?*
Impensable !
Et pourtant, la confession du jeune homme avait trouvé un écho en elle.
Elle y avait pensé...
Elle y avait pensé, elle aussi.
Mais elle savait. Elle avait beau s'être placée comme la Némesis du Doc, elle savait qu'elle ne pourrait jamais le haïr suffisamment.
Des larmes silencieuses coulèrent sur ses joues, qu'elle fit disparaître aussitôt. Ce n'était pas pour Cole qu'elle pleurait. Pas pour les patients. C'était pour Clarence ! La jeune femme en resta pétrifiée d'horreur.
Luna avait toujours voulu sauver tout le monde. Luna avait voulu sauver les patients de Clarence Millet, et sauver Clarence Millet de lui-même. Malgré elle. En un instant, la dernière once d'espoir qu'elle avait follement conservé se volatilisa.
Bien sûr, elle savait que le Doc n'avait que faire qu'on le haïssa au point que l'on souhaita sa mort. Comment avait-elle ne serait-ce que concevoir pouvoir le protéger des conséquences de ses actes ? Comment avait-elle pu seulement le vouloir ? C'était pure folie, elle le savait pourtant. Il avait fallu en arriver à ce moment pour qu'elle prenne conscience de cet espoir. Luna maudit sa bêtise, en aurait presque rit d'elle-même tellement c'était insensé.
La jeune femme prit son visage dans ses mains. Inspira. L'émotion passait, elle se tourna à nouveau vers le jeune patient à ses côtés. Combien de fois avait-elle pleurait de rage et d'impuissance au vu et au su de ce que le Doc faisait endurer à ses patients ? Combien de fois avait-elle rêvé lui mettre son poing dans la figure ?... Aurait-elle pu s'y résoudre ?
Elle faisait pourtant tout pour ébranler cette monarchie absolue instaurée par le Dr. Millet, sa destitution.
Elle réalisa alors ce qui n'allait pas. L'air de rien, Clarence Millet avait vécu en parallèle de sa vie pendant près de 20 ans. Il avait fait parti de sa vie pendant des années. Ils se cotoyaient souvent tous les jours. Le Lion avait fini par y laisser une marque. Elle ne voulait pas imaginer qu'il meurt, qu'il disparaisse. Elle ne voulait pas connaître l'étendue du vide qu'il laisserait.
Elle devait éviter que ça n'aille jusque là ! Elle devait réussir, pour Cole, pour Clarence !
*Laisse moi réussir !* supplia-t-elle le Doc dans sa tête.

La jeune femme posa une main affectueuse et décidée sur celle du jeune patient.
_"Je crois que je peux le comprendre." finit-elle par murmurer.

[Ce forum me sert trop de chatarcisme !]
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Aleksis Cole
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MessageSujet: Re: Joyeux anniversaire   Dim 21 Nov - 1:36

Avais-je parlé à la bonne personne ? Je ne pouvais le savoir, mais les larmes qui coulèrent le long des joues blanches de ma compagne me firent douter. Je venais de parler dangereusement à une personne que je ne connaissais pas. Elle aurait pu aller tout raconter au Doc, cafarder ce que j’espérais depuis trop long. Cependant, c’était dit et enregistrer sur l’une des centaines de caméra du Doc. Souriez, vous êtes filmé.

Ne sachant pas quelle attitude adoptée envers la jeune femme, je ne pu que murmurer à mon tour que j’étais désolé. Je n’avais voulu la peiner. Je n’avais été que réaliste. Personne au dehors ne s’intéressait à nous. Dès que notre dossier était ouvert au CSHEMA, notre vie extérieure prenait fin. Plus personne ne se rappelait de nous. Notre nom était rayé de la société. Le Doc était le Roi de l’Antarctique. Un lion blanc.

Je frottai la marque au creux de mon coup. Je sentis la bosse laissé par la brûlure. Je refis le dessin du doigt. Crinière, Museau, langue.

Il devait mourir. Je me refis la promesse que si je tombais dans le précipice, il allait tomber avec moi.

Si j’avais voulu vous tuer monsieur Cole, vous seriez mort.

Le simple fait que je sois encore vivant me faisait croire que je restais toujours un cas intéressant. Peut-être pas pour ma maladie. Intéressant car je n’étais pas encore fou. J’étais là depuis plus longtemps que la plupart des patients et je résistais.

Lorsque tu toucheras le fond Aleksis, je serai à côté de toi et te tendrai une pelle.

Je savais cependant que je ne pourrais combattre seul. Il me fallait des alliés. Cependant, lorsqu’on se frottait à moi, on se frottait immédiatement au Doc. Ce que peut de gens désiraient.

La douceur de sa main sur le revers de la mienne me fit frissonner. Comment pouvait-on être si gentille alors que l’on faisait tout pour effacer la moindre trace d’humanité. Répondant à son geste, je mis ma seconde main pardessus la sienne. La regardant dans les yeux je savais qu’elle me comprenait vraiment. Il y avait malheureusement une lueur au fond des yeux qui...

Merci beaucoup de votre douceur. Cependant, votre combat semble différent du mien. J’ose penser que le votre n’utilisera pas la force. Malheureusement, il me faut… je ne peux laisser le Doc agir à sa guise. Je dois apprendre à utiliser mes faiblesses afin qu’elles deviennent mes forces. Toutefois, je vous dis cela, mais je ne veux point vous impliquer dans cette histoire. C’est entre lui et moi et je ne veux surtout pas qu’une personne telle que vous puisse être blessée.

Mes yeux étaient remplis de larmes. Je continuais de la regarder espérant qu’elle n’aurait jamais à souffrir comme je souffrais.


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Luna Bobin
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MessageSujet: Re: Joyeux anniversaire   Dim 21 Nov - 14:52

Lorsqu'il posa sa main sur la sienne, l'ancien médecin aurait voulu que ce contact puisse le transporter hors de ce centre, de cet enfer. Qu'il le ramène dans le monde extérieur, qu'il lui rende sa vie, une vie heureuse, loin du Doc et de ses souffrances. Elle aurait voulu le voir heureux, riant avec ses amis, qu'il se trouve une copine, quelqu'un qui l'aime comme il le méritait, comme il y avait droit. Qu'il puisse se promenait, tranquille, sous le soleil, et respirant l'air de l'océan. Elle aurait voulu pouvoir lui ramener son ramener son père. Rien qu'un seul instant. Elle aurait voulu...

Elle essaya de dire quelque chose, mais elle ne put. Les mots ne pouvaient pas sortir. elle ne trouvait pas les mots.
Comment pouvait-elle espérait sauver Clarence Millet ? Comment même pouvait-elle vouloir sauver un tel monstre ?
Un montre qui ne méritait sûrement pas d'être sauvé.
Qui n'en avait rien à foutre et qui ne méritait pas de vivre alors qu'il faisait tant de mal autour de lui. Qui ne méritait pas de vivre si c'était pour détruire ainsi le jeune homme assis à ses côtés.
Un sujet intéressant parce qu'il n'était pas fou. Il était seulement kleptoman, il avait toute sa raison.
Il ne méritait pas...

Personne ne méritait ça !

Il était innocent !

Luna vit ses yeux se remplir de larmes. Ses yeux dépourvus de trace de démence.
Sa gorge se serra et des larmes menacèrent à nouveau. Elle sentit plus qu'elle n'en avait conscience, sa main se resserrait sur celle de Cole. Elle aurait voulu dire quelque chose. Trouver les mots qui l'aideraient. Mais qu'est-ce que des mots face à son combat...

"Merci beaucoup de votre douceur. Cependant, votre combat semble différent du mien. J’ose penser que le votre n’utilisera pas la force. Malheureusement, il me faut… je ne peux laisser le Doc agir à sa guise. Je dois apprendre à utiliser mes faiblesses afin qu’elles deviennent mes forces. Toutefois, je vous dis cela, mais je ne veux point vous impliquer dans cette histoire. C’est entre lui et moi et je ne veux surtout pas qu’une personne telle que vous puisse être blessée. "



"...je vous dis cela, mais je ne veux point vous impliquer dans cette histoire. C’est entre lui et moi et je ne veux surtout pas qu’une personne telle que vous puisse être blessée. "

*Une personne telle que moi ? *

Les larmes aux yeux, Luna ne put se retenir de le prendre dans ses bras. Elle aurait tellement voulu pouvoir effacer sa peine, l'emmener loin du Doc.
Avec un sourire triste, elle murmura :
_ « Avec tout ce que le Doc vous fait subir, vous vous inquiétez pour moi ? »

Il pensait à elle avant de penser à lui. Comme s'il était décidé à se sacrifier pour les sauver. Pour la défendre et la protéger.
Un élan de grande tendresse lui gonfla le coeur. Elle ne pouvait pas le laisser tout seul.

Il avait raison : Aussi longtemps que le Doc vivra, qu'il régnera en maître sur le centre, il ne causera que des malheurs et beaucoup trop de gens souffriront. Aucun de ces patients ne méritait d'être la proie du Doc. Et si la solution d'Aleksis était la seule solution ? Si ils n'avaient pas d'autre choix pour retrouver un jour la paix que de mettre fin aux jours du Lion, serait-elle là ? Serait-elle aux côtés d'Aleksis ?

Ouvrant les yeux, elle remarqua une cicatrice étrange sur la peau de la nuque du jeune homme. Une brûlure qu'elle reconnut. C'était l'effigie d'un Lion, une tête de Lion.
Elle n'arrivait pas à le croire. Elle fut si horrifiée qu'elle lâcha Aleksis. Il l'avait marqué. Le Doc avait marqué Aleksis comme s'il s'agissait de son jouet ! Il en avait fait Sa chose !
Horrifiée, elle se détourna un instant, le temps que ses organes reprennent leurs places.
_ « Comment a-t-il pu ? » souffla-t-elle aux bords des larmes, se prenant le visage dans les mains.
*Clarence, quel monstre es-tu ? *

Ne voulant surtout pas inquiéter le jeune homme, Luna se tourna à nouveau vers lui. Son regard n'était plus horrifiée, il était triste. Triste et coupable.
_ « Je suis tellement désolée !... J'aurais du vous protéger ! »
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Aleksis Cole
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MessageSujet: Re: Joyeux anniversaire   Dim 21 Nov - 22:43

J’aurais pu penser seulement à moi. Ne pas aider les autres et faire comme s’ils n’existaient pas. Toute ma vie je l’avais fait et maintenant j’étais à me sacrifier pour une autre personne que moi. Je l’avais fait avec Volker et je me savais prêt à recommencer pour n’importe qui ici.

L’étreinte me surpris mais ne me fut pas désagréable. Je sentais le souffle de la femme au creux de mon cou. Je sentis mon cœur s’accélérer. Je pouvais sentir le léger parfum fruité de ses cheveux. Je dû contrôler mes émotions. Afin de ne pas…

Je dois vous avouer que toute douleur qui n’aide personne est absurde.

Je n’avais pas parlé plus fort qu’elle.

Je sais au fond de moi que je suis celui qui doit mettre fin au règne du lion.

Son écart brusque me fit croire que j’avais été trop loin. Cependant l’effleurement sur ma nuque me fit savoir que son recul était dû à la brûlure. Elle savait ce que signifiait la marque. Luna savait ce que le lion représentait. Je ne pouvais supporter son regard triste sur moi. Je mis automatiquement la main sur ma blessure avant de me lever.

Que devais-je dire ? Que devais-je faire ?

Je me retournai pour lui faire face. J’ouvris la bouche pour tout avouer à la jeune femme. Rien ne sorti. J’aurais voulu lui parler de mes nombreuses séances dans le bureau aux miroirs, de mon hypnose, de mon intoxication et de la dernière rencontre. Cependant, je me tue.

J’osai prendre un ton détaché.

Ce n’est rien. Ce n’est qu’une simple blessure. Il ne faut pas vous en faire. Vous n’auriez rien pu faire.

Le Doc avait plus que raison. Jamais je n’aurais parlé.

Je me rapprochai de Luna et je me rassis à son côté lui reprenant à mon tour ses mains.

Vous m’êtes d’une meilleure aide en ce moment. Je suis plus coriace que je ne le parais. Ne vous en faites pas.

Combien de fois devais-je encore mentir ?

Alors que je ne mis attendais pas, l’un des infirmiers vint me taper derrière la tête.

Bonne fête Cole.

J’eus un mouvement afin de l’affronter, mais la pression sur ma main m’empêcha de riposter à mon cher Igor. Je regardai Luna surpris.

Pourquoi ?
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Luna Bobin
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MessageSujet: Re: Joyeux anniversaire   Mar 11 Jan - 16:41

Lorsqu'Aleksis Cole se leva, que Luna sentit sa gêne, elle regretta de s'être laissé ainsi emporter. Elle devenait beaucoup démonstrative, donnait dans le tragique, et se sentait alors ridicule et envahissante. Où était passé l'équilibre entre la gêne et le peur de déranger excessive et cette tendance à l'étalage affectif ? La timidité et la solitude lui faisait-elle perdre tous ses moyens au point d'en perdre toute réserve ?
*Une adolescente !* maugréa-t-elle mentalement. Mais maugréer ou gémir n'avait jamais contribué à faire changer les choses.

Elle eu à nouveau de la peine tandis que le jeune homme prenait un air dégagé, essayant (vainement) de la tranquilliser. Elle fit néanmoins semblant de le croire. Elle l'aimait bien. Ce devait certainement être un garçon pleins de ressources, une personnalité moteur de sa petite bande... Luna pensait qu'une personne ne changeait jamais vraiment : elle gardait le même caractère, la même personnalité, mais ses buts pouvaient changer. De même, ce jeune homme restait-il le même que celui autrefois élève au Newington College, en Australie, cependant qu'il s'était donné pour mission de protéger les patients de ce centre, de faire tomber le Lion au risque de tomber avec lui. Un martyr, un preux chevalier, un héros... Elle fut triste lorsqu'elle sentit qu'il retint quelque chose d'important et qui lui pesait comme des aveux. Elle réalisa qu'il ne dénoncerait jamais le Doc, qu'il ne parlerait jamais de ce qui se passait dans le secret de leurs séances. Luna ne comprenait pas cette attitude. Bien sûr, il pouvait y avoir la peur de ne pas être cru car étiqueté pour toujours comme malade mental, de la même façon que d'autres restent, bien malheureusement parfois, des ex-tolars. Ce contre quoi Luna travaillait. Elle voulait entretenir le souvenir de ces patients enfermés au milieu d'un continent désert, maintenir leur mémoire et un certain crédit, afin de dénoncer les pratiques du Doc. Mais, était-ce la seule raison ? Ou y avait-il une sorte de honte ? Il n'y avait pourtant aucune raison, Cole devait en être conscient. Le mutisme semblait être une épidémie quand on avait été au centre, chez les patients comme dans le corps médical...

Un infirmier passa et, avec une frappe sur la tête, souhaita un bon anniversaire au jeune patient. Tandis que ce dernier s'apprêtait à répliquer, Luna lui retint la main avec un sourire.
_ « Impulsif comme un jeune cheval ! Je crois le directeur du Newington College quand il vous présente comme la terreur de son établissement : trop de répondant.
Mais votre infirmier, là, c'était gentil de sa part ! C'est votre fête Monsieur Cole ! Aujourd'hui est le jour de votre venue au monde ! Et je suis sûre que votre père serait très fier de vous ! Et je souhaite que l'année prochaine, ces paroles ne soit pas teintées d'ironie ou de peine, à défaut de fêter votre prochain anniversaire libre. Je me doute que cette dernière année a été... plus pénible que les autres et il serait naturelle, et sûrement réaliste, de craindre l'année qui va suivre, mais, bien qu'il soit vrai que dans son bureau, vous ne serez toujours que face à face avec lui, sachez que vous aurez toujours une amie sur qui comptait une fois sorti, ou simplement une épaule sur laquelle vous reposer... Aussi, j'aimerais que vous acceptiez mon amitié en cadeau d'anniversaire.

Je suis heureuse de vous connaître, Aleksis Cole, et, s'il vous plaît, ne refusez pas cette main tendue par peur pour moi. Ne vous inquiétez pas de me créer des ennuis, pas à moi ! J'ai choisi d'être ici, je l'ai voulu en sachant ce qui m'attendait. Je connais le Docteur Millet. Je le connais depuis des années, quand... quand j'étais un grand psychiatre, et un bon médecin. J'ai lu votre dossier lorsque votre candidature a été soumise à l'organisation. J'ai même rencontré votre mère vous savez ? »

A cette allusion, Luna tenta de dissimuler la grimace que lui inspirait cette femme, indigne de porter le titre de mère. Elle ne voulait pas se montrer déplacer. Elle ne méprisait pas réellement cette femme, elle en avait plutôt pitié, autant qu'elle était indignée de cette femme qui avait vendu son fils, achetée sa tranquillité.

« D'ailleurs, ça me fait penser que j'ai quelque chose pour vous ! »

Elle ouvrit son carnet à dessin. Elle l'emportait toujours avec elle, quelque soit les occasions, car il avait montré son utilité à de trop nombreuses occasions. Si elle oubliait de le prendre, un gorille le lui rappelait. Si elle était convoquée dans le bureau du Doc, un gorille lui conseillait de laisser ses affaires à dessin. Elle feuilleta rapidement les premières pages, et s'arrêta vite à la page voulue qu'elle déchira d'un geste précis avant de la tendre au jeune homme. C'était le dessin du voilier de Benjamin Cole, sur lequel naviguaient le père et le fils. Les deux personnages avaient l'air heureux, vivants. Luna aimait se rendre compte de la vie qu'avait eu les patients, ce pourquoi figuraient sur les premières pages de son carnet des dessins de lieu, de personnes, d'objets ou de moments qui avaient compté pour les patients. Parfois, comme sur ce dessin, il s'agissait de représentation, de construction de ce qu'avaient été leurs vies, de moments qu'elle avait imaginé à partir des recherches qu'elle avait fait à leur sujet.

« Joyeux anniversaire Aleksis ! »
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Aleksis Cole
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MessageSujet: Re: Joyeux anniversaire   Ven 14 Jan - 1:04

Je n’avais jamais été la terreur de l’école. On me prenait pour niais. Des élèves, j’étais considéré comme petit diabète facile à énerver. Les professeurs surprenaient souvent le moment où je me fâchais. Certes, je m’emportais facilement. Trop facilement et le Doc s’en était rendu compte.

Certes c’était ma fête. Cependant, je ne recevais ni cadeau, ni gâteau, ni carte. Il n’y aurait pas de party avec mes amis. Aucune débauche. Je me souviendrais de ma soirée. De toute façon, elle serait pareille à toutes celles précédentes. Aujourd’hui, j’avais vécu un cinquième de siècle. J’avais vu vingt printemps. J’avais vingt ans et pourtant… je me sentais vieux. Je n’avais plus cette insouciance que j’avais. Et avoir vingt ans me rappelait que cela faisait prêt de deux ans que j’étais au centre. Deux longues années à souffrir. Deux longues années à confronter constamment le Doc. Deux longues années à espérer sa mort. Au travers de ces réflexions, je m’étais réinstallé au côté de Mme Bobin.

Merci mais…

Je commençais à protester lorsque la jeune femme continua sur sa lancée. J’en restai bouche bée. Elle avait décidé d’être ici. Elle avait connu le Doc hors du centre. Elle avait été une psychiatre. Elle avait lu mon histoire. Elle avait rencontré Mère. Pire que tout, elle avait accepté ma candidature.

Vous avez lu ? Vous l’avez eu dans vos mains ? Vous savez pour…?

Ma confusion se notait dans mes yeux. Ma confiance en elle s’était envolée.

Vous connaissiez le Doc ?

Je pris le dessin quelle me tendait. Ce fut comme un poing dans le ventre. De nouveau, mes yeux s’humectèrent. Je me revoyais voguer sur les eaux de la Grand baie australienne. L’eau salée m’aspergeant le visage. Père tenait la barre riant de mes exclamations diverses.

Merci.

J’étais gêné. Je me sentais dépouillé d’un bien précieux. Je n’aurais pu savoir dire pourquoi, mais savoir qu’une étrangère connaissait mon histoire me troublait. Combien d’autres personnes avaient lu ce passage de ma vie ? J’aurais voulu dire de quoi, mais rien ne sortait. Je remerciai une autre fois, ne sachant pas quoi rajouter. Je continuais à fixer l’image que Luna avait faite.

Il est… très beau.
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Luna Bobin
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MessageSujet: Re: Joyeux anniversaire   Mar 18 Jan - 17:06

Elle en avait trop dit.
Luna le sentit tout de suite. Elle venait de rompre quelque chose, un début de confiance et ça lui fit mal. Il ne fallait pas s'en étonner après avoir lâché connaître le Doc et être soi-même psychiatre. Elle avait par dessus le marché avouer s'être fait interner volontairement, ce pourquoi il pouvait la prendre pour complètement folle, ou masochiste, ou obsédée... ou une masochiste folle obsédée ! Et bavarde de surcroît ! Un défaut qu'elle n'appréciait pourtant ni chez elle, ni chez les autres. Et dans son cas, il ne s'agissait même pas de parler de la pluie et du beau temps pour ne pas dire de conneries. La bêtise, elle venait de la faire. Elle avait eu tord de ne parler que par bribes, si elle avait voulu le mettre au courant, elle aurait du s'expliquer tout de suite. Mais elle n'était pas certaine de vouloir lui en parler. Maintenant, elle allait devoir le faire, elle en avait peur. Elle n'avait jamais eu à le faire. Ceux qui étaient venus vers elle avaient entendu la rumeur qui la présentait comme la Nemesis du Doc, et aux autres, elle n'en avait jamais fait allusion, s'efforçant de les aider et les soulager un peu avec ce qu'elle avait.

Elle devina au visage serré du jeune homme que lui tendre le dessin était une erreur de plus. Sa mine avait d'ailleurs déjà blanchie alors qu'elle évoquait sa rencontre avec sa mère. Luna sentit l'inquiétude la gagnait. Ce n'était pas la même douleur que celle qu'elle avait vu sur le visage du jeune homme devant la vidéo. Ca n'était pas seulement que ce dessin lui rappelait des moments heureux qui n'existeront plus...
Des moments heureux...
Ses yeux passèrent du dessin à Aleksis, dont les remerciements sonnaient faux, et d'Aleksis au dessin plusieurs fois, cherchant à comprendre.
_ « C'est trop personnel, c'est ça ? » tenta-t-elle d'une voix blanche.

A le voir, elle finit par se faire son idée : ce dessin, elle n'aurait jamais du en savoir assez pour le dessiner. Elle connaissait sa vie, avait parler à sa mère, sans même qu'il ne soit au courant et alors qu'il ne savait même pas qui elle était. Il était face à une inconnue qui l'avait « espionner ». Elle baissa les yeux, honteuse, se faisant l'effet d'une voleuse.
_ « Je sais de quoi ça a l'air, mais ce n'est pas ce que vous croyez ! »

Elle lui devait une explication. Mais quoi dire ?
Luna percevait à nouveau le malaise dans laquelle sa situation l'avait mise quand elle y avait pensé. C'était sa morale téléologique qui l'avait poussé à le faire, à rechercher l'histoire du jeune homme, se faire une idée de qui il était, cela faisait toujours parti de son travail. Mais sa morale déontologique l'avait fait hésiter. Seulement, le besoin de le protéger, de veiller à son bien avait été plus fort. La loi pour l'IMG avait bien préféré mettre un terme à la vie d'un enfant à naître lorsque des médecins jugés que sa naissance serait trop pénible, et en quelque sorte, on avait admis que, même si c'était pour le bien de l'enfant, pour lui épargner une vie (aussi courte fut-elle) qui n'en serait pas une, on avait implicitement dit que certaines vies ne méritaient pas d'être vécues. De même, elle avait pris le partie que s'introduire dans le passé du jeune homme était une chose à faire pour protéger la vie d'Aleksis. C'était un mal pour un bien, même si elle n'irait pas juqu'à dire que la fin justifie n'importe quel moyen.

Un instant, la voie dans laquelle s'était engagée Cole lui revint comme un éclair.

Aleksis Cole n'était pas le seul patient pour lequel elle avait pris cette décision.
Lors de la séance qui s'était tenue pour enfin décider du sort du patient, ça avait fait taire ses problèmes moraux, comme si la scène était tombée comme un rideau sur ses doutes déontologiques. Certaines pertes étaient plus amers que d'autres. Celle-ci l'avait été. Pour certains patients, elle ne pouvait avoir qu'un doute raisonnable sur ses chances de leur éviter l'internement au centre, mais il y avait des internements qu'elle n'arrivait pas à digérer, celle d'Aleksis Cole en faisait partie. Elle n'arrivait toujours pas à admettre qu'autant de membres du conseil aient pu être aveuglés à ce point par le Doc. Elle avait réussi à en sauver, et elle savait qu'ils l'admiraient pour ce qu'elle avait fait. Personne n'avait réussi à obtenir autant, à aller aussi loin face au Doc, à tenir assez longtemps. Elle avait continué à se battre malgré que ses victoires lui semblaient de plus en plus dérisoires.
Luna n'aurait jamais pensé qu'Aleksis Cole puisse avoir un jour connaissance qu'elle s'était renseignée sur lui, mais maintenant elle pouvait comprendre le mal que ça lui faisait de l'apprendre. Lui volait la dernière chose qu'il avait encore à lui depuis son internement.

« J'ai fait des recherches sur vous, je l'admets, mais c'était pour une bonne raison. Je comprend que vous soyez en colère, vous pouvez me le reprocher, mais donnez moi une chance de m'expliquer, s'il vous plaît ? »
Luna parla si bas, que s'en était presque un murmure. Elle le regarda un instant, puis baissa les yeux. Elle avait tellement peur qu'il refuse, qu'elle ne put attendre qu'il réponde.
« Je n'avais pas pensé qu'un jour vous pourriez le découvrir. Je sais, ce n'est pas une excuse, c'est juste que... je n'avais jamais donc pas envisager ce que ça pourrait vous faire... d'apprendre qu'une inconnue a fouiller votre passé, ce que vous pensiez n'avoir qu'à vous. Je comprend que vous ayez le sentiment que je vous ais volé votre histoire, ou violer votre intimité, et vous n'avez pas tout à fait tord, mais c'était la seule chance qu'il me restait. Je l'ai fait dans l'espoir de réussir à faire quelque chose que je pensais juste. Je le pense toujours ! Malheureusement, je n'ai pas réussi, et c'est la chose que vous retiendrez sûrement. Le seul fait qui a influencé votre vie. Et c'est mon plus grand regret.
Quand je vous ais dit que le Doc et moi nous nous connaissions... En fait, nous avons vécus près de la moitié de ma vie en parallèle. Nous avons fait nos études de médecine en même temps et dans la même fac, nous étions aussi brillants et promus à un merveilleux avenir aussi bien lui que moi, et tout ça sous la houlette de mon oncle, doyen de la faculté... qui nous chérissait autant l'un que l'autre ! »


Un bref sourire, mi-ironique, mi-triste, apparut sur le visage de Luna à cette allusion.

« Mais, nous n'avons jamais été ni amis, ni équipiés. Nous avions des conceptions très différentes de ce que représentait et de ce en quoi consistait notre métier. Bien sûr, je n'étais pas la seule de ses opposantes, le Doc a toujours eu des gens qui le méprisaient. Cependant, dans l'esprit des gens, il restait supérieur par rapport à ses opposants.
Je n'ai jamais compris pourquoi ça n'a pas été le cas quand je lui ais tenu tête la première fois, alors que nous étions encore étudiants. On m'a vu comme sa Nemesis, mais j'avoue que souvent je n'ai pas le sentiment d'être son égal. Il m'arrive même de mépriser le rôle qu'on m'a attribuée sans même me demander mon avis. Mais, je suppose qu'il fallait bien que quelqu'un le fasse ! Alors, j'ai fait de mon mieux pour tenir ce rôle, même si comme disait mon père je n'ai jamais été très « rouge », je manque de hargne. Je n'avais pas le choix ! Je devais me dépasser, parce qu'il fallait bien que quelqu'un intervienne... et qu'apparemment j'étais la seule en mesure de le faire !

Je n'ai pas réussi, comme vous le voyez. Le CSHEMAS était un grand projet, il aurait pu faire avancer les soins en psychiatrie, sauf qu'il a réussi à obtenir d'être seul maître à bord. J'ai eu mes propres victoires, j'ai pu empêcher certaines admissions... mais pas toutes ! Et il semblerait qu'il soit en train de gagner la guerre !

Je n'ai pas réussi à empêcher votre internement.
Un kleptoman dans un centre pour « Aliénés Sévères » (s'en vouloir vous vexer !) !

J'aimerais bien savoir comment il a pu obtenir assez de voix : par la peur ? La séduction ? Un peu des deux ? Si je suis allée voir votre mère, c'était pour qu'elle renonce à cet internement, lui proposer d'autres solutions, et, c'est vrai, pour en apprendre plus sur vous. Croyez moi, je préfère que ce soit le patient qui choisisse de parler, de dévoiler ce qu'il veut et quand il le veut, mais le Doc avait fait signer un papier à votre mère pour qu'il soit le seul habiliter à vous parler. Nous avions votre dossier médical, et j'ai pris l'autorisation de m'entretenir avec la famille. Ce n'était pas la première fois et ce n'était que dans le but d'essayer de vous aider. Mais j'ai échoué ! Il vous a eu, comme il le voulait !

Vous avez le droit de m'en vouloir, je le comprend. Je me suis renseignée sur vous, dans votre dos, alors que je ne suis qu'une inconnue, et que c'était votre jardin secret. La seule chose qu'il vous restait. La seule chose qui vous appartenait, à vous et à vous seul. Et je vous l'ai prise. Mais je vous jure que je n'ai jamais voulu vous faire souffrir, je voulais juste vous aider. Je voulais que vous fêtiez cette anniversaire comme tout le monde, libre, avec vos amis et un gâteau, à faire la fête... Et j'ai échoué ! »
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MessageSujet: Re: Joyeux anniversaire   Ven 21 Jan - 18:19

Ce n’était pas se que je croyais ? Comment pouvait-elle savoir exactement la haine soudaine que j’avais éprouvée pour elle. Cette femme assise à mon côté avait été l’une des causes de ma venue en ce centre. Qu’elle que fût son rôle, qu’elle fût l’assistante de l’assistant, ou distributrice de café, ou la plus grande psychiatre, je m’en foutais. D’une manière ou d’une autre mon dossier avait atterri dans ses mains et la femme en avait lu le moindre mot. Ma vie s’était terminée le jour où j’avais pris l’hélicoptère à l’aérogare de Melbourne et Luna avait participé à l’assassinat du jeune Aleksis Cole que j’avais été.

Je remis machinalement mon petit doigt dans ma bouche. Que la femme s’explique, peu m’importait. Elle ne savait pas que j’allais le découvrir ? Elle avait raison, ce n’était pas une excuse. Me sentir violer ? Certainement. La seule chose qu’on ne vous enlevait pas à votre entrée était de simples souvenirs. Vous les oubliez au fil du temps. Pour l’heure, mon regret était d’avoir reçu le dessin. Le Doc et Luna avaient fait leurs études ensemble ? Intéressant, c’est seulement dommage que le Doc fut le meilleur des deux. Qu’ils n’aient pas été amis ne me surprenaient pas. Le Doc avait-il eut réellement des amis dans sa vie ? Que signifiait être la Némésis de quelqu’un ? Je savais que Némésis était une sorte de déesse grecque ou romaine. Si cela signifiait être légal de quelqu’un, je m’imaginais durement que la frêle femme à mon côté ait pu déjà être l’égale du Doc et encore moins qu’elle soit sa plus grande opposante. Le CSHEMAS n’était-il pas une idée du Doc lui-même ? Il en avait été mention aux nouvelles. C’est sûr que c’est malheureux que le Doc est eu le plein pouvoir. Et encore plus malheureux le fait qu’il se soit trouvé un compagnon de chasse en le Dr. Dimitriov. Si la femme disait vrai, en ne l’ayant plus à l’extérieur pour empêcher certaines admissions, il est certain que le Doc n’avait désormais plus rien qui ne l’empêchait d’amener de nouveaux spécimens à sa collection de fous. Elle n’avait pas pu empêcher mon internement ? Je ne m’en étais pas rendu compte. Et qui l’aurait pu ? Mère payait pour que je sois ici. Elle payait comme elle le faisait avec mon pensionnat. Occupez vous de lui, je ne le veux plus dans ma vie. Comment avait-il pu réussi ? Luna avait la réponse. La peur. Le Doc pourrait effrayer un lion seulement à l’aide d’un regard. Peut-être avec la séduction aussi. Il l’avait fait avec Mère. Je n’y comprenais rien. Il était aussi laid qu’une hyène famélique. Qu’elle trouve autre chose que la simple signature de papiers comme excuse. Le Doc ne fait que récolter des signatures. Ah ! elle a échoué. Je ne m’en étais pas rendu compte. Je vivais dans ce centre depuis plus de deux ans. Il fallait être légume pour ne pas avoir réalisé que le Doc me gardait ici que pour son bon plaisir. Si je lui en voulais ? Oui. Me faire souffrir était le passe-temps du Doc et j’étais devenu habitué de ressentir de la douleur physique comme morale. C’était ma fête ? C’est vrai je fêtais mes vingt ans.

Je me raclai la gorge. J’étais resté silencieux tout le long n’entrecoupant pas les révélations de la femme.

Ecoutez-moi Luna. Ma position ici est très précise. Je ne suis qu’un jouet pour le Doc. Je vous apprécie beaucoup. Cependant, suite à vos révélations, mieux vaudrait pour vous, comme pour moi, de ne plus jamais évoquer cette conversation. Le passé est le passé. Ais-je confiance en vous ? Non. Vous l’avez malheureusement perdu depuis près de cinq minutes. J’en suis attristé, mais vous venez de me rappelez un fait important, il ne faut jamais faire confiance à personne.

Je regardai autour de nous.

Je vous le répète, je n’espère plus sortir d’ici et bientôt tous ici réaliseront la même fatalité.
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Luna Bobin
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MessageSujet: Re: Joyeux anniversaire   Mer 16 Fév - 17:06

Luna écouta les quelques phrases d'Aleksis sans ciller, blottie sur le sofa. Il avait l'air d'avoir tellement vieilli. Sa version mentale de la réponse d'Aleksis volait en éclat, bien sûr. Cole ne comprit pas et ne pardonna pas et, bien qu'elle ressentit un pincement au coeur, la jeune femme lutta avec force pour effacer cette version consolatrice mais erronée et dans sa tête. Elle n'était plus une enfant, elle devait faire preuve de courage et de force de caractère. Elle devait cesser d'essayer de se protéger dans son imaginaire sinon elle ne pourrait pas finir ce pourquoi elle était là. Un instant, sa propre voix, plus cynique et amère, eu un rictus dans sa tête : c'était qu'en même assez ironique que Cole lui reproche d'avoir tout tenter pour atteindre son but, lui qui était prêt à tuer le Doc pour libérer les patients du Centre. Luna secoua la tête (mentalement bien sûr) pour chasser cette voix condescendante de sa tête. Elle ne voulait pas penser comme ça, elle ne voulait pas cette amertume. Au fond, elle comprenait. Elle pouvait pardonner. Bizarrement, elle se souvenait des mauvaises périodes lorsqu'elle était malade. Sa maladie chronique et douloureuse l'avait déprimé, rendue amère et lasse. Elle se sentait victimisée et accablée. Elle avait perdue espoir et avait l'impression d'être persécutée. Même si dans son cas, ça avait été contre sa maladie, le destin, et elle-même, car ce n'était la faute de personne. Elle n'avait personne à blâmer. La jeune femme savait que tant de douleur et de persécution, tout ce qu'avait déjà eu à subir le jeune Cole, alors qu'il était totalement innocent, aurait rendu n'importe qui amer et résigné. Et pas seulement en tant que psychiatre.
_ « Vous êtes convaincu de ce que vous dites ? Qu'il n'y a plus d'espoir ? »
La jeune femme regardait le paysage blanc et infinie devant elle, par la baie vitrée. Elle avait le sentiment de n'être plus qu'une plume à l'intérieur d'elle-même. L'onde de tristesse qui flottait en elle se percevait légèrement dans cette question. Mais elle n'était pas désespérée. Elle savait que la machine était en branle. Bien sûr, le Doc, en voyait de temps en temps un bout, mais ce n'était que la partie visible de l'iceberg, assez pour qu'il soit confiant et qu'il est l'impression de tout contrôler. Quelque part, s'était aussi conforté son sentiment de supériorité et son orgueil. La jeune femme retourna son regard vers le jeune Aleksis. Elle se doutait que lui aussi ne pensait pas qu'elle réussirait. Peut-être même se disait-il qu'elle avait déjà échoué. Cependant, elle était loin de se sentir insultée par ce manque de confiance. Elle ne manquait pas de ressource et ni Cole, ni le Doc ne se doutaient de tout le chemin qu'elle avait fait et les facettes qu'elle s'était trouvée. Elle même en était parfois surprise, c'était si loin de la façon de la représentation qu'elle se faisait d'elle-même. C'était ce doute qui lui permettait de ne pas s'endormir sur ses rosiers et de devenir trop confiante. Elle avait eu un excellent professeur à vrai dire, et elle avait ses méthodes à elle aussi (comme quoi être quelqu'un de bien et de gentil !).
Luna aurait voulu dire quelque chose à Aleksis, ne serait-ce qu'un aperçu, quelque chose qui pourrait lui redonner espoir. A 20 ans, on ne devrait pas se sentir condamné de la sorte, que ce soit par une maladie ou par quelqu'un. Mais, elle se tut. Elle devrait le mettre au courant un jour ou l'autre, bien sûr, d'autant plus sachant le projet du patient, mais ce n'était pas encore le moment. Il ne lui restait plus qu'à espérer ne pas louper le bon moment.

Sans rien dire, la jeune femme noua ses cheveux en un chignon, ignorant les quelques mèches qui s'en échappaient, et se leva.
_ « Je suis triste que vous pensiez ça. Pas qu'on ne puisse pas se faire confiance, mais le fait que vous soyez convaincu que vous ne sortirez jamais de cet endroit. Ni vous, ni aucun autre de ces patients. Et qu'il ne vous reste qu'une seule solution (le Doc d'ailleurs être au courant maintenant !) » ajouta-t-elle avec un coup d'oeil vers la caméra la plus proche. « Je suis peut-être folle ou naïve, selon vous, mais j'espère de tout mon coeur que l'avenir vous prouve le contraire. Je sais que ça arrivera. Malgré tout. Pour vous et les autres patients. Avant qu'il ne soit trop tard. Vous avez votre objectif, j'ai le mien. Nous avons chacun nos méthodes, mais notre but reste le même. Je ne suis pas venue ici pour renoncer. »
La jeune femme fit une pause. Elle n'avait pas réellement envie de s'en aller, de le laisser seul (encore une fois !). Il y avait quelque chose en lui qu'elle voulait sauver. Un instant, elle se dit que finalement, toute cette histoire était comme un conte de chevalerie, mais bien réel. Un jeune garçon, d'une condition ordinaire, mais au coeur bon et pur, courageux, et qui se révèlera le preux chevalier destiné à combattre l'horrible seigneur, et ses sbires. Un duel à mort. Il était si jeune encore... Et Luna ne pouvait cesser de penser à ce qu'il avait dit, à son dévouement envers tous les autres patients. Il fallait qu'elle se débrouille pour faire mentir le proverbe qui disait que les meilleurs partaient les premiers. Elle était prête à être le sacrifié qui permettrait, non seulement la victoire, mais aussi le salut de ce jeune héros. Et le monde à l'extérieur se souviendrait de lui, mais pas de façon posthume. Elle en était convaincue depuis longtemps, jamais elle n'aurait été internée dans ce centre sinon, elle était prête à mourir pour sauver Aleksis. Ainsi que les autres patients. Après ça, elle ne pourrait plus jamais le nier, ni l'oublier.
La jeune femme offrit un sourire et désignant la salle commune d'un geste de la main, dit, en se tortillant légèrement :
_ « Bien ! La salle commune est à nouveau tranquille et silencieuse. L'affolement est passé, ce qui veut dire que je n'ai plus de raison de rester. »
Elle se pencha pour récupérer son carnet à dessin, puis hésita un moment, toujours penchée.
_ « Pour ce que j'ai fait... Je ne vais pas revenir dessus, rassurez-vous, et le passé est passé maintenant. Mais peu importe ce que j'ai pu apprendre sur vous et votre passé. Tout ceci, ce dessin, ce n'est qu'un substitut, une représentation. Même tous les témoignages que j'ai pu entendre ou les photos que j'ai pu voir. Ils ne vaudront jamais vos souvenirs. Je n'irais pas jusqu'à dire que je ne vous connais pas, mais ce que je sais n'est que mon travail de psychiatre. Même si je pouvais faire une chronologie de votre vie, ou même si je peux me représenter ce que certains passages de votre vie ont pu être, et comment ça a participé à ce que vous êtes, ce ne sera jamais mon histoire. Mes souvenirs. Ni mon imagination, ni mon savoir et mes compétences, ne remplacera l'authenticité de ce qui vous appartient. Dans votre mémoire et votre coeur. Je n'ai jamais connu votre père, et même si c'était le cas, ça n'aurait jamais été comme vous l'avez connu. Je n'aurais jamais votre relation. On celle que vous avez avec votre mère, même si je peux les comprendre ou les deviner. Votre père ne vit que dans votre coeur à vous. Votre amour n'appartiendra toujours qu'à vous deux. Et votre mémoire de lui restera la votre seule, jusqu'à ce que le temps fasse son oeuvre. Faites en ce que vous voulez, mais n'oubliez pas cela. N'oubliez pas vos souvenirs, et votre père. L'amour que vous aviez l'un pour l'autre et ce qu'il a pu vous apportez. Souvenez-vous de lui ! Je suis sûre que quoi que l'avenir vous conduise à faire, il restera fier de vous. Votre père ne vous abandonnerait jamais, j'en suis convaincue. Et même s'il n'est plus là physiquement pour prendre votre défense, il reste dans votre coeur pour vous donner du courage, et vous aidez à avancer. Votre vie n'appartient qu'à vous. Certaines personnes vous en ont dépossédé, mais vous pouvez la leur reprendre ! Ne vous laissez pas abattre ! Même si vous avez l'impression de toucher le fond et que rien ne vous sauvera plus, dites vous que rien n'est jamais joué ! Rien n'est écrit dans le marbre ! On peut changer son avenir... Et s'il vous faut de l'aide, un jour ou l'autre, y compris si vous sentez qu'il est temps de réaliser votre projet, je serais là ! Vous savez où me trouver, je ne vais pas disparaître ! Et puis, comme vous l'avez compris, le Doc et moi, c'est une autre relation particulière ! Peut-être même qu'un jour, vous vous direz que le fait que j'ai échoué perdu une bataille face au Doc n'était finalement pas une si mauvaise chose... » ajouta-t-elle avec un sourire.
Puis, elle se releva.
_ « Prenez soin de vous Monsieur Cole ! »
Et doucement, elle s'éloigna.

[Voilà ! A toi de voir s'il y a lieu de poursuivre ou non]
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